Une sorte de vide envahit mon esprit je vois les couleurs du lac mais je n’arrive définitivement pas à saisir les multiples nuances avec mes seuls yeux qui ne sont habitués maintenant à ne voir que le noir et le gris alors j’avance encore et encore et j’aperçois ces cailloux derniers remparts de la vie avant l’au-delà du lac glacé dans lesquels nagent peut-être les fées et les magiciens de mon enfance que l’on me contait pour m’endormir en croyant que je resterai toujours une enfant et ces cailloux sombres et noirs presque l’ultime combat que je mène et devant lequel je bute à chaque fois car je n’arrive pas à voir au-delà aujourd’hui c’est différent car il y a enfin un lien entre ce présent et ce futur qui n’existe pas encore si ce n’est dans le cri des mouettes et des corbeaux qui peuplent ce bord de lac abandonné pour des mois par un soleil malin et sournois qui se reposera de longs mois d’hiver là cette corde qui reste couchée sur les cailloux et dont les mains décharnées m’invitent dans une danse macabre à m’en emparer et à me glisser le long de son échine pour atteindre enfin le futur qui devient présent je n’ose pourtant je me casse les yeux sur la rudesse des cailloux j’aperçois dans mon esprit les montagnes de mon enfance et les visages aimés et je glisse en pensée tout doucement vers les infinités abyssales de ma vie alors la corde s’impatiente et me crie silencieusement que je dois faire un choix et que ce choix il est à portée de main pour que j’avance vers ce que j’ai toujours deviné et mon corps bascule dans le vide mes bras tournoient et mes yeux se vident de leur matière organique et pourtant je n’arrive pas à saisir cette corde car je vois qu’elle est élimée et que d’autres l’ont déjà utilisée pour partir sans dire au revoir pour crier qu’ils voulaient être morts car plus personne ne savaient qu’ils étaient vivants je pleure encore et encore et je me noie mais dans le flot de mes émotions un souffle chaud caresse mon cou mes joues et mes cheveux et j’entends la voix de la sirène de mon enfance qui me dit que mes rêves sont encore possibles et que cette corde n’est pas faite pour moi alors je recule encore et encore et je pars en courant rejoindre le monde des vivants effrayée mais vivante en pleurs et souriante satisfaite de ce que mon cerveau a montré à mes yeux fatigués on ne se refait pas on laisse vagabonder son âme pour saisir les affres de ce que l’on ne connaît pas et soudain la réalité rejaillit telle une fontaine de vie sur les déserts blancs de nos angoisses peut-être le savez-vous l’esprit qui nous anime est capable du pire et du meilleur des couleurs suaves ou des noirceurs sans fin je le sais je le vis je joue avec pour comprendre pour tester pour expérimenter ces cordes tendues en travers de mes chemins celles qui m’étranglent celles qui me plongent dans le vide celles qui m’aident à gravir les montagnes de mon enfance avec les odeurs d’herbes coupées et le bruit doux des flocons de neige j’ai enfin atteint mon rivage en ce matin mais que cette nuit fut difficile avec cette corde que je découvre dans mes mains ensanglantées depuis combien de temps est-elle là dans ma vie et autour de mes mains de mes bras de mes jambes et de mon cou
Depuis combien de temps
Depuis combien de temps
********
Je viens d'écrire ce texte ce matin, comme une sorte d'expérimentation des dédales de mon cerveau, comme dans les Champs magnétiques de André Breton, sorte d'écriture automatique, sentiments et exutoire devant une photo que j'ai prise il y a de cela quelques semaines. Certains diront que c'est sombre, je répondrai que les dédales de l'esprit ne sont pas toujours colorés. J'ai écrit ce texte d'une traite, sans réfléchir à la chute finale, sans savoir réellement où j'allais atterrir, juste en tapant sur les touches du clavier, en laissant parler les mots, sans ponctuation, sans césure ou coupure de phrases pour bien faire sentir les sentiments emmêlés et diffus. L'emploi du "je" est également voulu, sans que cela signifie nécessairement que le "je", c'est moi. Ironie du sort de l'écrivain qui se confond parfois avec ces personnages, qui joue avec eux, les fait parler pour mieux se taire.
Il y a de cela quelques semaines, Cergie m'a décerné un nouvel Award: "le Kreativ Blogger". Ce texte fait partie de mes créations, de mon moi ou surmoi.
Il y a de cela quelques semaines, Cergie m'a décerné un nouvel Award: "le Kreativ Blogger". Ce texte fait partie de mes créations, de mon moi ou surmoi.
Je ne l'ai pas encore relu, je vais le publier tel quel, je l'ai voulu ainsi.

© Delphinium Novembre 2009