30 janvier 2008

Un jour ordinaire (7)

(La grisaille du monde)

Si Suzanne venait dans l’appartement de Monsieur X, elle verrait que ce dernier n’a pas vraiment les qualités d’un homme d’intérieur. Monsieur X vit en effet dans un tout petit appartement dans cette banlieue triste et morne, la même dans laquelle il a grandi. Tous les bâtiments alentour sont gris et même en plein été, alors que le soleil darde ses généreux rayons sur la ville, l’ambiance entre les blocs de ciment peine à se réchauffer. Son salaire lui permettrait pourtant d’habiter dans un lieu plus sympathique mais l’angoisse que sa mère se retrouve complètement seule et loin de lui le fait rester ici. Une sorte de culpabilité l’étreint chaque fois que l’idée de déménager dans un lieu plus sympathique lui effleure l’esprit. Sentant sa gorge se nouer en imaginant l’effet que la nouvelle d’un prochain déménagement pourrait produire sur les nerfs déjà à vif de sa mère, il repousse bien vite cette idée somme toute saugrenue à ses yeux. Finalement, un déménagement représente à ses yeux une perte de temps inutile et surtout il ne trouverait pas grand-monde pour venir l’aider à transporter d’éventuels cartons.
L’intérieur de son appartement est plus que quelconque, reflet d’ailleurs de sa triste vie. Le mobilier de toutes les pièces est complètement disparate, digne représentation d’une décharge publique ou d’un dépôt appartenant à l’Armée du Salut. Après être monté quelques étages dans un ascenseur très glauque dont on ne sait jamais quand il va lâcher sa cargaison, on pénètre dans l’appartement de Monsieur X par un petit hall très étroit. A l’entrée règne une odeur plus que nauséabonde provenant de quelques paires de chaussures dont la plupart ont un air fatigué et usé, certaines même avec des trous au bout. Quelques crochets accrochés au mur au-dessus des chaussures supportent quelques vestes bien usées elles aussi, surtout l’éternelle veste que Monsieur X porte dans ses loisirs, alors qu’il n’est pas obligé d’aller au bureau. La première pièce sur laquelle donne le couloir est la chambre à coucher. L’ambiance qui y règne est glaciale, une légère odeur de renfermé passe sous la porte pour embaumer tout l’appartement. Il est rare en effet que Monsieur X aère son appartement en ouvrant les fenêtres. Pour faire partir les mauvaises odeurs, il se contente d’asperger l’atmosphère de quelques gouttes de son after-shave dont l’odeur ressemble plutôt à un produit pour les vitres. Personne n’est jamais entré dans la chambre à coucher de Monsieur X. Seules ses charentaises ont eu le plaisir de fouler le minable tapis IKEA qui fait office de descente de lit. Au mur trônent quelques tableaux représentant des paysages qu’il ne verra sans doute jamais mais qui égaient quelque peu l’ambiance morbide de la place. Un vieux lit minuscule, dont la literie est digne d’un trousseau de vieille grand-mère, trône au milieu de la pièce. La couette et la taie d’oreiller sont ornées d’affreuses fleurs bleues et orange qui agressent les yeux des acariens qui se lovent dans les quatre coins de la pièce. Le hall d’entrée donne ensuite sur une toute petite cuisine. C’est une pièce lugubre dans laquelle traînent également des odeurs peu alléchantes. La hotte de ventilation est tombée en panne depuis belle lurette et Monsieur X ne daigne pas la faire changer, reléguant cette réparation aux oubliettes, dans un coin obscur de son cerveau. Une petite table ronde et une chaise dans un coin lui permettent à peine de prendre ses petits-déjeuners frugaux. La cuisinière est à gaz mais c’est à peine si Monsieur X sait s’en servir. La vaisselle trônant dans les armoires est complètement insolite. Monsieur X ne possède en effet pas une seule assiette identique. Il a bénéficié lors de son installation dans l’appartement de tous les restes de vaisselle que ses parents avaient accumulés dans leur cave, provenant de la famille proche et lointaine, vaisselle traversant les siècles et dont Monsieur X s’est trouvé l’heureux bénéficiaire. Ne parlons pas des tasses. Elles sont toutes plus moches les unes que les autres. Certaines sont ornées de motifs floraux rappelant ceux de la literie dans la chambre à coucher, d’autres arborent des inscriptions d’un goût douteux, cadeaux accumulés durant de nombreuses années. Sa mère ne sachant jamais quoi offrir à son fils pour ses anniversaires, cela fait donc des années que Monsieur X sait qu’à chaque fois qu’une année supplémentaire s’ajoute au décompte de son âge, il va recevoir une tasse qu’il coincera dans l’armoire pour ne pas faillir à la tradition. L’équipement électroménager est pour ainsi dire inexistant mais ce n’est pas le plus grave dans l’affaire car de toutes façons Monsieur X ne sait pas faire la cuisine. Et il n’a pas envie d’apprendre car de toutes façons il est habitué à prendre ses repas de midi à la cantine et le soir, il ouvre quelques boîtes de conserve, sort parfois des mets congelés de son frigo ou ingurgite les pizzas du livreur du coin de la rue. Des pizzas informes, indigestes, saupoudrées de concentré de tomate infâme, de mozzarella jamais fraîche, arborant souvent une couleur d’un jaune douteux et dont les anchois sentent la vieille morue. D’ailleurs Monsieur X n’arrive presque jamais à les terminer, l’estomac déjà complètement retourné alors qu’il n’en est qu’à la moitié de sa mastication, ce qui explique l’accumulation de morceaux de pizza dans l’évier déjà encombré de vieille vaisselle sale.

En face de la cuisine s’ouvre le salon qui lui aussi possède un mobilier spartiate, digne de la cellule d’un condamné à mort. Une petite table basse lui sert aussi bien à entasser son courrier qu’il ne prend pas toujours la peine d’ouvrir que de réceptacle de vaisselle sale accumulée là depuis des semaines voire des mois. Un vieux fauteuil usé, lui aussi récupéré de l’appartement de ses parents lorsque ceux-ci ont acheté un nouveau mobilier pour leur salon, trône devant la télévision et c’est là-dedans que Monsieur X se vautre tous les soirs, repu de bière et de pizza, rotant et évacuant les gaz de son estomac avec un plaisir non dissimulé car ces choses-là lui sont tout bonnement interdites lorsqu’il se trouve au bureau. Même si Monsieur X ne se gêne pas dans le métro de faire supporter à tous ses voisins les relents des restes de son repas de midi qui stagne encore au fond de son estomac, il essaie toujours de le faire discrètement en public comme sa chère Maman le lui a appris lorsqu’il était encore tout petit. Il attend donc souvent avec impatience de rentrer chez lui le soir pour pouvoir enfin vivre et faire tout le bruit qu’il veut, en symbiose totale avec son système digestif. C’est alors que les nombreux êtres vivants qui peuplent son appartement, entendez par là les acariens fourmillant dans tous les recoins où l’aspirateur ne va jamais, entendent parfois des bruits assourdissants sortant de la gorge de Monsieur X, croyant souvent en se regardant entre eux de leurs petits yeux malicieux que la fin du monde est arrivée.

Quelques plantes vertes dépérissent dans des pots affreux le long du mur du salon, près de la fenêtre, essayant vainement de survivre au peu de lumière que laissent filtrer des rideaux immondes, pas lavés depuis des lustres. Une vieille étagère remplie de bibelots que sa mère lui rapporte de ses voyages organisés qu’elle fait encore à l’heure actuelle fait également office de réceptacle béni de quelques revues pornographiques que Monsieur X compulse avidement seul dans le noir lorsque tous ses acariens dorment du sommeil du juste. Quelques livres, témoins de son enfance et de son adolescence prennent la poussière sur les rayons du haut et donnent l’impression que Monsieur X a eu lu lorsqu’il était moins bête. Dans le fond près de la fenêtre se situe le temple devant lequel Monsieur X se vautre tous les soirs et une grande partie de ses fins de semaines solitaires. Monsieur X est un homme moderne. Quelques mois avant l’acquisition de son iPod, il avait déjà voulu dépenser un peu de son argent et s’était octroyé le luxe de devenir le fier acquéreur d’un téléviseur à écran plat qui lui avait coûté les yeux de la tête et une grande partie de son salaire de petit comptable miteux. Monsieur X a ainsi l’impression d’être relié au monde lorsqu’il s’installe le soir dans son petit fauteuil, entouré de ses miettes et de ses acariens avides eux aussi d’informations et de divertissements pour public diminué en tous genres. D’un geste gracile, il appuie sur le bouton de la télécommande et se laisse ensuite bercer par toutes les inepties du moment, naïvement perdu dans le cosmos des films débiles qui font le bonheur de tous les crétins de son genre. Parfois il loue quelques DVD au magasin du coin de la rue, pour agrémenter quelque peu son effort intellectuel. Mais il n’a encore jamais osé louer ce qui pourtant l’obsède depuis sa tendre adolescence. Les films interdits aux moins de seize ans, de ceux qui le feraient saliver dans son fauteuil. Il y a quelques années de cela, alors qu’il commençait à côtoyer ce magasin de location de DVD, situé non loin de son immeuble, il entrait dans le magasin et s’approchait avec lenteur et sans grande détermination, rouge comme une écrevisse, vers le fond du magasin, là où un horrible rideau rouge pendait lamentablement, cachant derrière lui la luxure, la perversion et la misère du monde dont la mère de Monsieur X dénonçait tous les méfaits, dans de grands discours que personne n’écoutait à la table du dimanche. Regardant furtivement à droite et à gauche, il avançait toujours plus lentement, les yeux rivés vers le rideau, croyant voir au milieu du tissu les yeux furieux et remplis de colère de Maman X, le doigt pointé vers lui, molestant à son oreille que s’il faisait cela, il irait brûler en enfer. Des perles de sueur roulant inexorablement sur ses joues émaciées, il sentait son cœur tressauter dans sa poitrine, croyant mourir un peu à chaque pas qui lui coûtait un effort de plus en plus surhumain. Ses quelques neurones s’entrechoquaient derrière son front, il sentait sa chemise lui coller à la peau tellement les pores de sa peau ouvraient leurs écluses. Il avait l’impression que tous les yeux des clients présents étaient rivés sur lui et puis chaque fois, alors qu’il n’avait plus qu’à tendre la main pour saisir le rideau, l’entrouvrir et passer enfin derrière dans le temple des sens, il laissait retomber la main, poussait un soupir à faire pleurer même les spectateurs les plus aguerris et s’appuyant sur le rebord de l’étalage des spectacles comiques, il sortait un mouchoir de sa poche, mouchoir d’une couleur plus que douteuse, et s’épongeait le front en essayant de calmer sa respiration qui ressemblait à cet instant précis au râle moribond du lion que le guerrier Masaï achève avec sa lance.

Un jour pourtant, alors que toutes les personnes au courant de la triste de vie de Monsieur X sont persuadées qu’il ne fera jamais rien de bon dans sa vie et que Suzanne n’aura jamais le suprême bonheur d’être un jouet hurlant de plaisir entre ses mains, un changement notoire va se produire, de ceux qui n’affectent en rien la poursuite de l’humanité à sa perte mais qui représente tellement dans la journée d’un seul individu, comme si un cataclysme ébranlait toutes ses convictions et ses idées patiemment construites durant de longues années. Un événement qui va tout bouleverser, tel un tsunami sur les côtes asiatiques ou une avalanche dans les Alpes. A suivre


© Delphinium Janvier 2008

26 janvier 2008

I escape


I’m in the middle of your picture
Look at me
Look at me

I’m in the middle of my picture
Look at me
Look at me

Don’t break my heart
Look at this
Look at this

Don’t tear our picture
Look at us
Look at us

All I need
All I need
Is in this picture

Hope Hope Hope

I’m up in the clouds
Look at me
Look at me

Hope Hope Hope

Your landscape

I escape…


© Delphinium Janvier 2008

14 janvier 2008

Un jour ordinaire (6)

(A l'écoute du monde)

Cela fait déjà quelques années que Monsieur X travaille dans le service de comptabilité de cette grande multinationale. Mais contrairement à d’autres collègues, il n’a jamais vraiment évolué dans la hiérarchie. Les quelques avantages qu’il a obtenus, sans grande lutte, car Monsieur X n’est pas un fonceur, ce sont quelques menues augmentations qui ont égrené toutes ces années. Mais finalement pour quelqu’un de célibataire dont la passion est de compulser les magasines de consommateur afin de dénicher la meilleure offre, il est arrivé sans trop de peine à se mettre un petit pécule de côté qu’il entame peu mais sur lequel il s’octroie tout de même quelques menus achats. Monsieur X a donc décidé dernièrement de se faire un petit plaisir, pas de ceux qui le mettent dans tous ses états sous la douche mais un achat dont il pense qu’il va bouleverser sa vie. Il a décidé de s’acheter un iPod, le dernier de la gamme. Ainsi, un soir à la sortie du bureau, il court dans le magasin devant lequel il a déjà passé de nombreuses fois avant de se décider à l’achat décisif. Pour lui, c’est une merveilleuse période pour dépenser de l’argent étant donné que c’est la période des soldes et il espère bien avoir un petit rabais sur l’objet de ses désirs. Arrivé dans le magasin, il regarde autour de lui et voyant les jeunes freluquets qui reluquent ledit appareil, il frétille au fond de lui en pensant que si Suzanne le voit arriver avec des écouteurs dans les oreilles le matin au bureau, elle se dira certainement que Monsieur X est tout à fait branché sous ses airs gauches et qu’il mérite vraiment qu’elle s’intéresse à lui. Esseulé dans le magasin, ahuri derrière ses lunettes, il a tout d’un client peu ordinaire et un vendeur le repère immédiatement. Une conversation animée s’ensuit. Mais le vendeur se rend rapidement compte que le crétin aux cheveux gras qui est devant lui essaie de frimer en parlant de tout et de n’importe quoi, surtout de n’importe quoi et avec sa ténacité de commerçant, il arrive à lui vendre sans peine et en un temps record un baladeur dont Monsieur X n’aurait jamais pensé au départ qu’il pouvait en être l’acquéreur. Néanmoins satisfait de son achat, faisant celui qui n’a pas besoin d’explications compliquées pour utiliser son appareil, il sort fièrement du magasin, sautillant sur le trottoir sur le chemin qui le ramène vers le métro, tenant dans sa main le précieux paquet. Arrivé plus tard chez lui, après un trajet durant lequel il s’est mis à toiser les gens en tripotant son précieux carton, il se met à l’aise, s’assied dans son fauteuil et compulse avidement le mode d’emploi en sirotant une bonne bière blanche sortie exprès du frigo pour fêter l’occasion. Puis après quelques jours d’examen attentif de la petite bestiole, son cerveau embrumé réussit enfin à en comprendre son fonctionnement et peu à peu il arrive à faire ingurgiter à la bestiole tous les titres musicaux qui sonnent bien à ses oreilles. Mais il faut préciser que Monsieur X n’a pas de goût précis en matière musicale. Pour tout dire, il n’y connaît absolument rien. C’est ainsi que durant les moments où il est sûr que personne ne viendra le déranger à sa table de labeur et que le chef n’est pas derrière son dos, il se met à surfer sur son ordinateur afin de compulser avidement les sites de téléchargement musicaux. Et durant les pauses, il commence également à discuter de musique avec certains collègues, cherchant à savoir quels sont les meilleurs artistes du moment. Mais n’ayant que des connaissances très limitées en la matière, il ne se rend pas compte que la plupart de ses collègues ont des goûts musicaux douteux et qu’ils lui refilent presque tous des noms d’artistes miteux qui font le bonheur des consommateurs asservis au diktat de la production musicale. Monsieur X se retrouve à télécharger de piètres morceaux de hip-hop et de mauvaise techno qui réjouissent pourtant ses oreilles innocentes. Et c’est ainsi que depuis quelques jours, le matin, après avoir fermé la porte de son appartement à double tour, il enfourne les écouteurs dans ses oreilles, appuie sur le bouton de démarrage du précieux engin et marche d’un pas pressé et motivé sur le chemin du métro. Le cœur réjoui et béat de bonheur, il se dit qu’il rencontrera un jour ou l’autre la Bilieux dans l’ascenseur et qu’il pourra feindre d’être le jeune type branché au courant des derniers tubes en vogue dans les discothèques prisées de la place, sûr de prendre aux yeux de sa belle un avantage non négligeable sur certains collègues qui tirent toujours la gueule en arrivant sur leur place de travail. Et dans le métro, les gens agglutinés autour de lui, se retenant à grand-peine aux barres dans le couloir, le regardent avec dégoût et commisération lorsqu’il se met à fredonner puis ensuite à siffler à tue-tête les mélodies débiles que son cerveau reçoit en plein cortex. Sa tête bat la mesure mais ses cheveux gominés naturellement ne la suivent pas dans cette épopée fantastique alors qu’il éructe quelques fausses notes dans un sourire ébahi.

Arrivé au bureau, il enlève les écouteurs de ses oreilles après avoir franchi quelques étages dans l’ascenseur de service qui sent toujours les produits de nettoyage. D’ailleurs en reniflant ces odeurs peu sympathiques, il essaie toujours de se boucher le nez discrètement car cela lui donne envie de vomir, ce qui ne serait pas de bon goût à la sortie de l’ascenseur, sur son beau costard d’un brun déjà douteux et sur ses souliers vernis tous les six mois. Il n’aime pas ces odeurs de nettoyage qui lui rappellent sans cesse que chez lui le ménage n’est pas son fort. C’est ce qu’il se dit tous les matins lorsqu’il arrive à son bureau et plus encore maintenant qu’il a au fond de lui le secret espoir de faire venir la belle dans son antre. Il devrait quand même s’y mettre vu le nombre d’acariens sympathiques qui dorment sur le rebord de la baignoire car il pourrait en faire un élevage tellement la compagnie de ces petits connards est grande. Ainsi, le matin, alors qu’il enjambe encore endormi le bord de la baignoire pour glisser son corps menu sous le jet bienfaisant de la douche, il s’empêche de les regarder, sûr qu’eux au contraire le jaugent de leurs petits yeux malicieux et le toisent les yeux rivés sur son appareil de reproduction, ce dernier toujours étonné de son inactivité, attendant en vain les ordres du patron, toujours levé de bon matin mais déprimé voire même à la limite de la dépression le soir venu. Que penser aussi de son pommeau de douche tellement entartré que lorsqu’il fait couler le jet sur ses fesses, ces dernières crient au scandale, croyant recevoir une raclée mémorable. Et que dire de ces miettes accumulées sur le petit tapis au-dessous du fauteuil trônant devant la télévision, sans cesse démultipliées au fur et à mesure que les semaines passent, voyant leur espace vital diminuer tous les soirs écoulés, redoutant par-dessus tout l’œil béat de l’aspirateur. Heureusement pour elles et elles commencent à s’en rendre compte, leur espérance de vie est bien plus élevée que les miettes ordinaires évoluant sur d’autres parterres dans d’autres appartements de ces grandes capitales européennes de ce 21ème siècle. Ne parlons même pas des restes de pizza séchée qui trônent lamentablement dans l’évier de la petite cuisine, lui aussi encombré de détritus de toutes sortes et de vaisselle accumulée durant les six derniers mois. Même avec un baladeur au bout de ses oreilles, Monsieur X reste donc le type célibataire minable qui ferait fuir toutes les belles de la terre. Ce n’est d’ailleurs par pour rien que les seules qui fréquentent son appartement sont celles qui hantent son écran de télévision. A suivre

© Delphinium Janvier 2008

P.S. Lundi matin, j'ai reçu une petite récompense de la part de ma dame du Nord, Hpy. Elle disait sur son blog qu'elle me remerciait de mes délicieux délires. C'est ensuite mon ami Peter qui m'a octroyé la même récompense en me laissant un gentil mot sur mon blog. Et le soir la dame bretonne, Alice, m'a également récompensée pour mes commentaires "crazy" et mes histoires. Claude, chez qui on a toujours envie d'aller se régaler, l'a attribué à tout le monde. Cette nouvelle récompense, le "You make my day" award me ravit et m'émeut. Elle montre que vous tenez à moi et que j'arrive à "agrémenter" votre quotidien avec mes écrits. On ne sait jamais comment les choses peuvent être perçues lorsqu'on parle avec une personne, c'est encore plus vrai dans le mode de la blogosphère. On peut écrire des commentaires sans savoir vraiment comment cela va être perçu par la personne à qui cela s'adresse et qui se trouve souvent à des centaines de kilomètres de soi, derrière un écran d'ordinateur. J'essaie toujours dans mes commentaires de trouver le ton juste, un ton personnel, parfois un peu impertinent, quelquefois drôle, d'autres fois plus intimiste suivant le texte auquel je réponds. Si je fais de tels commentaires, c'est que vous me donnez envie de les faire. C'est aussi simple que cela et c'est pour cela que je dédie cet award à toutes les personnes à qui je vais rendre visite et à qui je donne tout ce que je peux et qui vient de mes tripes. Merci!

08 janvier 2008

Un jour ordinaire (5)

(Intérieur du frigo de Monsieur X. Vu le flou de la photo, on peut en déduire que Monsieur X vient d'enlever ses lunettes ou alors que sa cuite est déjà bien entamée...)

Malgré l’attirance que Monsieur X ressent pour Suzanne Bilieux, il ne la trouve pourtant pas si belle que les femmes sur lesquelles il laisse vagabonder ses yeux lorsqu'il regarde la télévision. Mais il sait pertinemment que ces femmes-là seront à jamais inaccessibles pour lui et il a décidé depuis quelque temps de concentrer ses recherches afin de trouver sa femme fatale. Mais à ses yeux, Suzanne possède tout de même ce petit quelque chose qui pourrait lui permettre enfin, comme tous les autres humains, de saisir quelques bribes de ce bonheur dont tout le monde parle mais dont personne ne sait très bien ce qu’il représente. En effet, elle possède quelques attributs physiques qui peuvent très bien convenir à un homme célibataire depuis toujours et Monsieur X peut même envisager, s’il se force un peu, de passer le reste de sa vie avec elle et peut-être qui sait, de participer à la reproduction de l’espèce humaine : plein de gosses avec des cheveux gras, des petites lunettes, et des corps en forme de grand huit. Une aubaine pour inverser la pyramide démographique… Mais pour l’instant, Suzanne attend toujours quelques mots plus encourageants de sa part à lui et lui espère qu’elle lui proposera un jour d’aller prendre un verre dans un bar du coin de la rue, non loin du bureau, dans lequel ils pourraient échanger d’autres choses que des banalités sur les actions en bourse de la société et passer ensuite le reste de la soirée dans un petit restaurant romantique afin de faire comme tous les autres couples de la planète ; tous amoureux ou croyant l’être encore, se regardant dans les yeux, lui bavant d’envie devant le décolleté vertigineux de sa belle et elle se trémoussant sur sa chaise, partant plusieurs fois aux toilettes afin de parfaire son savant maquillage qui lui donne plutôt un air de poupée godiche, n’attendant les deux que l’addition finale pour rentrer rapidement chez l’un ou chez l’autre ou dans le petit nid commun afin d’assouvir leur instinct bestial. Monsieur X aimerait être comme tous ces autres couples et comme il n’est pas très apte à trouver des activités hors du commun, il se contente de rêver à un déroulement plus que banal de son idylle à peine commencée.

Depuis qu’il a jeté son dévolu sur elle, il se prend d’une véritable passion pour les chiffres alors qu’auparavant, aller au travail ne signifiait pas grand-chose pour lui, si ce n’est la promesse d’un petit salaire à la fin du mois couronnant ses heures et ses heures de boulot sous les lumières blafardes du service de comptabilité. Il se dit qu’il doit être comme Suzanne Bilieux, aimer les chiffres, parler argent tout le temps et compulser avidement les pages économie des quotidiens qui s’entassent sur la table de la réception afin d’être véritablement sur la même longueur d’onde qu’elle. Il pense qu’il doit s’éclater à longueur de journées à compulser des pages et des pages entières de hiéroglyphes chiffrés démontrant la santé florissante de l’entreprise, ses victoires en bourses, ses rachats de petites sociétés provoquant un lâcher de crétins asservis sur le champ de bataille du chômage. Alors tous les jours, inlassablement, il compulse, additionne, analyse et dissèque des chiffres faramineux, les yeux écarquillés, globuleux derrière ses petites lunettes rondes mais depuis quelques semaines, ses regards se portent plusieurs fois par minute sur la porte du bureau de la belle, se préparant à la voir sortir de sa boîte comme un vilain diablotin. On dirait presque qu’un petit filet de bave s’installe sur les commissures de ses lèvres quand on l’observe à sa table de travail, comme si enfin il prenait son pied dans son travail alors que lui est plutôt en train de s’imaginer dans des positions extravagantes avec la Bilieux entre ses mains, un sourire extatique sur les lèvres. Et quand les titres de la presse économique rapportent la montée vertigineuse des actions en bourse de la société qui l’emploie, lorsque ces mêmes journaux dissèquent toutes les opérations de rachat des plus petits par la plus grande, il se sent alors presque heureux d’appartenir à cette grande famille, fier de ses calculs minutieux de chaque jour qui lui permettent de prendre ses quelques semaines de vacances par année, de posséder quelques actions infimes dans la boîte et toujours plus amoureux de ce corps massif qui se dandine devant lui dans les couloirs du service de la comptabilité.

Monsieur X et Suzanne Bilieux semblent donc de la même trempe, fiers de leur quotidien banal, fiers de leur travail, simplement parce que leur vie est vide et que sans travail, ils se retrouveraient dans leur appartement trop grand, sans rien à y faire, si ce n’est regarder des programmes de télévision sur des écrans plats qui leur ont coûté les yeux de la tête et qui les rendent encore plus bêtes qu’ils ne le sont déjà. Ils ne sont pas conscients, mais qui l’est vraiment à l’heure actuelle, qu’ils font partie intégrante d’un système foireux, capitaliste à l’extrême, qui précipitera tôt ou tard l’humanité entière dans une guerre économique dans laquelle les plus riches s’enrichiront toujours plus et les plus pauvres crèveront. Ils ne saisissent pas la déprime des ours blancs, ni n’entendent la chute des icebergs dans l’océan tout là-bas, ne mesurent aucunement que les ressources de pétrole se tarissent peu à peu, que les Chinois roulent de moins en moins à vélo et que les stations de ski de moyenne altitude sont condamnées à disparaître sous peu, se contentant plutôt de leur petit quotidien rempli pourtant de soucis existentiels à leurs yeux. Ainsi, Suzanne se demande toujours comment s’habiller le matin pour taper dans l’œil de cet imbécile, de quelle manière masquer ces quelques bourrelets qui s’installent gentiment sur ses hanches, comment peigner cette tignasse rebelle qui lui donne un air de Jackson Five à la sortie du lit et quand Monsieur X la culbutera enfin. Et Monsieur X, quant à lui, s’interroge de savoir quelle boîte de conserve il va ouvrir ce soir pour son souper et de quoi est garni son grand frigo, quelles seront les bouteilles au frais qui pourront accompagner le match de foot du soir à la télévision et provoquer une bonne cuite, comment faire comprendre à sa mère qu’il en a plus que marre qu’elle passe ses nerfs tous les dimanches sur lui et comment réussir à coincer un jour la Bilieux dans les toilettes. Questions existentielles qui font le quotidien miteux des petites fourmis ouvrières de ce monde, questions simples et pourtant si compliquées…A suivre

© Delphinium Janvier 2008

03 janvier 2008

Meilleurs voeux!


A toutes celles et ceux qui passent ici, je vous souhaite la meilleure des années 2008. Ce n'est pas un "bonne année 2008" lancé de manière furtive et impersonnelle mais c'est un souhait profond que j'émets ici: que tous vos rêves se réalisent, même les plus fous, qu'au-delà des nuages sombres qui pourront envahir votre chemin, vous trouviez toujours le soleil qui brille au-dessus de tout.
Comme vous ici, durant toute l'année 2007, vous avez été pour moi des petites lumières qui ont toujours brillé et qui m'ont toujours donné l'envie de continuer.

Alors au-delà des montagnes et des lacs, des rivières et des océans, je vous embrasse toutes et tous avec amitié et émotion.


Et pour vous remercier de tout ce que vous m'avez amené et que vous m'amènerez encore, j'en suis sûre, je vous offre ces deux photos qui illustrent bien ce que je vous souhaite pour 2008: de la force pour affronter les évènements et toujours de la lumière au bout du chemin tortueux de nos vies.
La première, vous les reconnaîtrez, ce sont mes muses, photographiées il y a quelques jours, mes montagnes adorées. Au pied d'elles je me ressource sans cesse. Elles sont les remparts qui me protègent, elles sont les rocs auprès de qui j'ai grandi et c'est d'elles que je tiens mon caractère de montagnarde.
L'autre photo, c'est un coucher de soleil sur le lac Léman, photographié lui aussi il y a quelques jours, promesse de lumière et d'embrasement même parmi les nuages sombres de la vie.



© Delphinium Janvier 2008