21 mars 2008

Joyeuses Pâques



Chères amies et chers amis,
je vous souhaite un excellent jour de Pâques et un bon début de printemps, avec des fleurs plein les yeux, la tête et le coeur.
Je vous embrasse



© Delphinium Mars 2008

18 mars 2008

Un jour ordinaire (12)

(Une banane fantastique)

Arrivé devant le magasin, Monsieur X prend une profonde inspiration et pousse la porte. Une foule d’anonymes déambule dans les rayons, à la recherche du divertissement qui leur permettra à chacun d’oublier la journée, enfoncé dans son fauteuil, se délectant d’images et de dialogues. Monsieur X s’approche lentement du fond du magasin où trône le fameux rideau et juste au-dessus, ses yeux cerclés de rouge lisent le message légendaire qui lui fait ressentir le long de sa colonne vertébrale une excitation sans pareille : « Interdit aux moins de 18 ans ». Le corps tendu tout entier vers l’objectif ultime, son dernier combat de cette mémorable journée, celui qui le mènera vers l’extase de la connaissance, il franchit prestement le rideau non sans avoir jeté auparavant derrière lui un regard inquiet. Puis, dans la pénombre de l’arrière-salle, il regarde avidement les pochettes dont les titres, rien qu’à leur lecture, le font déjà saliver comme un jeune adolescent découvrant pour la première fois les joies de l’amour physique. N’étant quand même pas très sûr de lui, il cherche furtivement dans l’étalage, n’osant regarder les quelques autres clients qui, comme lui, prestement, choisissent le programme de leur soirée. Ayant repéré un titre particulièrement évocateur : « Jane et la grosse banane de Tarzan », il se saisit rapidement de la pochette et franchit en sens inverse, transpirant légèrement, le fameux rideau. Il manque s’évanouir en croyant voir dans le fond du magasin sa vieille mère, puis rassuré sur l’identité inconnue de la mégère qui farfouille dans le rayons des DVD humoristiques, il se dirige à pas de loup vers la caisse, n’osant scruter les autres clients qui n’ont finalement que faire de lui. Il a encore une légère hésitation en tendant la pochette à l’étudiant de service derrière le comptoir qui mâchouille nonchalamment une pâte aux fruits. Voyant que le jeune homme ne le dévisage pas avec des gros yeux lorsqu’il lui tend le fruit défendu, il sent sa tension diminuer quelque peu et sort ensuite fièrement du magasin, le précieux sésame en poche. « Quelle belle soirée en perspective », se dit-il en marchant pour aller prendre son métro afin de retourner dans sa banlieue miteuse. Dans le métro, il se sent complètement euphorique, sentant confusément que quelque chose a enfin changé dans sa vie. Et à l’idée de voir les pérégrinations de l’illustre banane de Tarzan, il se sent comme un petit chien fou qui attend sa pâtée quotidienne. Il ne remarque pas que sur son visage brille un grand sourire niais alors que les autres passagers sont plutôt cadavériques, épuisés de leur journée de travail, avides de retrouver chacun son chez-soi et un calme réparateur. Arrivé chez lui, enfin débarrassé de ses nombreux paquets qu’il fourre dans un coin du couloir à l’entrée, il se déshabille promptement, enfile de vieux vêtements troués, et se met en quête de quelque chose de potable pour son repas du soir. Le frigo, une fois ouvert, dégage une odeur particulièrement nauséabonde. Un vieux fromage mal emballé traîne là depuis quelques jours déjà et une puanteur indescriptible envahit rapidement la petite cuisine. Il prend le vieux morceau, le regarde avec un sourire sardonique et, se dirigeant alors vers le cabinet des toilettes, il lance le pauvre au fond de l’eau, lui fait un signe de la main et, rigolard, tire l’eau. Le fromage, ne sachant pas nager, se débat quelques secondes dans les remous furieux puis disparaît à jamais dans les vieilles canalisations de l’immeuble. Retournant dans la cuisine, Monsieur X trouve quelques vieilles carottes qui tirent plutôt sur le noir et, les râpant gaillardement avec une vieille râpe bien usée, il apprête une petite salade. Pour accompagner cette explosion de vitamines dont il n’a pas vraiment l’habitude, il repère un paquet de pâtes à moitié renversé dans son armoire et décide de s’en faire une casserole. Lorsque les pâtes sont cuites, il les égoutte à moitié, découpe au-dessus d’elles un morceau de vieux beurre ranci, mélange le tout et s’apprête à s’enfoncer dans son fauteuil. Il ne remarque pas les yeux écarquillés des nombreux acariens qui sont tout étonnés de lui voir une nouvelle tête de jeune premier. Mais avant d’ingurgiter le plat fumant et d’engloutir sa salade, il se rappelle le fameux DVD, pose les plats sur sa table basse et va farfouiller dans ses achats afin de retrouver le précieux divertissement. S’approchant alors du grand écran, il glisse le fameux DVD dans le lecteur, retourne à son fauteuil, saisit une télécommande et appuie de son petit doigt sur la touche d’allumage. Sentant au fond de lui une certaine excitation l’envahir, il s’enfonce dans son fauteuil le plus profondément qu’il le peut, lance une pensée rapide à sa vieille mère, ricane doucement et s’apprête à vivre un grand moment dans la jungle du pornographique vulgaire.

A la vue des premières images, il ne peut s’empêcher d’écarquiller les yeux. Les gros plans le laissent absolument pantois, car effectivement la banane de Tarzan est bien volumineuse en comparaison de son ustensile à lui. Profondément surpris et sentant une jalousie incommensurable l’envahir tout au long de la projection, il ingurgite ses pâtes tel un automate, ne prenant même pas la peine de les mâcher. Arrivé au fond du plat, il y plonge son index et essuie prestement les tâches de gras qui stagnent au fond, restes insalubres du vieux beurre ranci et mal fondu. Complètement obnubilé par la taille de l’engin qui frétille sous ses yeux, il ne remarque pas que le sien s’agite quelque peu dans son vieux jogging chaque fois que la belle Jane apparaît à l’écran, ne demandant qu’à sortir afin de pouvoir être plus à l’aise afin de respirer. Il en oublie même la salade de carottes. Tant pis, les vitamines ne seront pas encore pour ce soir. Effaré devant les explosions de cris et de débauche, il manque s’évanouir plusieurs fois en regardant les yeux écarquillés des positions dont il n’aurait jamais osé rêver et le reste de la projection se passe dans un état d’étonnement de plus en plus grandissant. Il se rend compte qu’il ne connaît finalement pas grand-chose au jeu de la séduction et du passage à l’acte purement basique, et transpirant, se dit qu’il a encore bien à apprendre de ce côté-là s’il veut faire tomber les filles dans son lit. Les acariens trônant dans le salon, peu habitués à une telle manifestation de cris bestiaux venant de l’écran plat, se bouchent les oreilles afin de ne pas entendre toute cette vulgarité et se concertant entre eux de leurs petits yeux stupides, se disent que quelque chose de grave est en train de se passer dans ce salon d’habitude si tranquille. A la fin de la projection, Monsieur X, tremblant et suintant de tous ses pores, n’ose se lever de son fauteuil, ayant l’impression d’avoir ramassé un tsunami dans la figure. Puis, rassemblant ses quelques neurones, il comprend que ce n’est pas uniquement en changeant son apparence extérieure qu’il va véritablement avancer dans la vie. Restant de longues minutes prostré dans son fauteuil, il élabore un plan d’action pour le lendemain. Puis, encouragé tout de même par ces premiers changements opérés aujourd’hui dans sa vie, il va se coucher, un sourire béat flottant sur ses lèvres et s’endort rapidement, persuadé que le monde va s’étaler à ses pieds dès le lendemain sur un simple claquement de doigt.

Une belle détermination, un changement dont personne n’aurait pu imaginer l’avènement au début de cette histoire, mais l’habit ne fait pas le moine et ce qui va suivre va le démontrer. A suivre

© Delphinium Mars 2008

15 mars 2008

Coucher de soleil



Quand vient le soir, gardons espoir...




Un tag circulait la semaine passée dans le monde des blogs. Il fallait écrire une formule en six mots et l'illustrer par une photo. J'avais cette photo, prise il y a peu, sous la main. Je vous l'offre aujourd'hui. Mes montagnes étaient magnifiques ce soir-là et en les regardant, j'ai été prise d'une grande émotion. Je vous embrasse toutes et tous et merci pour toute la bonne humeur que vous mettez sur ce blog et donc dans mon coeur. Je vous serre tous très fort contre mon coeur. Votre Delphinium

© Delphinium Mars 2008

11 mars 2008

Un jour ordinaire (11)

(Monsieur X, le grand joueur)

Il lui reste pourtant encore quelque chose d’important à améliorer sur sa personne. Changer sa paire de lunettes est rapidement devenu une pensée obsédante depuis qu’il a côtoyé le jeune coiffeur qui en portait une paire particulièrement voyante. Monsieur X commence à rêver tout éveillé. Il sait bien qu’il n’est qu’un petit cadre dans une grande multinationale mais avec son tout nouveau look qu’il va arborer dès le lendemain au bureau, il se dit que peut-être on le remarquera enfin et qu’il aura l’occasion dans le futur de voyager pour le compte de l’entreprise afin de présenter des bilans comptables à des clients éloignés, dans des pays lointains où il fait toujours beau et chaud, adulé par toutes les hôtesses de l’air qu’il rencontrera tout au long de ses voyages autour de la terre. Il vise alors une lunetterie, entre en conquérant et demande à voir une nouvelle paire de lunettes. La vendeuse, qui porte une paire de lunettes roses et carrées, ce qui lui donne un air d’extraterrestre venu d’un autre temps, le regarde quelque peu. Après un examen rapide de sa vue, elle lui propose de nouvelles montures tout à fait à la mode, qui donneront à Monsieur X une contenance de jeune premier. Après une intense réflexion qui bouscule son cerveau peu habitué à une telle activité intellectuelle, il choisit finalement une monture rouge foncée, ce qui se mariera à merveille avec ses yeux gris. Puis heureux de son choix, il ressort du magasin pour errer encore un moment en ville car les montures ne seront pas prêtes avant quelques heures. Il en profite alors pour acheter encore quelques babioles qu’il n’avait jamais osé auparavant s’offrir mais il sent bien au fond de lui qu’un vent de changement souffle sur sa personne et qu’il doit en profiter et se laisser porter sur la vague, tel un surfeur fou. Il sent aussi que son porte-monnaie en prend pour son grade mais cela, pour la première fois de sa vie, ne l’effleure qu’à peine. Il a décidé en effet qu’il devait dépenser son argent car garder un pactole sur son compte en banque ne sert finalement pas à grand-chose pour l’instant. Alors qu’il n’avait jamais auparavant osé mettre du parfum par-dessus son after shave qu’il trouvait déjà très relevé, il se dit qu’il va acheter en ce jour de gloire un nouveau parfum qui tranche franchement avec le truc nauséabond dont les fragrances, rappelant celles du canard WC, lui tournaient l’estomac le matin lorsqu’il l’appliquait en grande quantité dans son cou et sur ses joues après un rasage toujours approximatif qui parfois lui arrachait la moitié du visage. Dans la parfumerie dans laquelle il vient d’entrer, il se met à renifler avec délectation plusieurs échantillons, se retroussant le nez comme s’il était le meilleur essayeur de parfum de toute la planète. Avec moult gestes d’expression enflammée afin de se faire voir dans le magasin par toutes les pétasses qui longent le rayon pour hommes afin de rejoindre le rayon pour femmes, il jette enfin son dévolu sur le nouveau parfum Azzaro pour homme qui lui a plu tout de suite lorsque ses narines étonnées se sont penchées sur l’échantillon. Repéré par une vendeuse maquillée à outrance qui ressemble à une affreuse poupée désarticulée, il écoute attentivement la diatribe enflammée de cette dernière qui le conseille d’une voix de crécelle qui aurait fait fuir tout homme avisé: « Azzaro, le parfum pour hommes, pour les hommes d'action, charmes et passions, accord exotique du chypré-cuivré-boisé-épicé qui conjugue avec bonheur toute la culture de Loris Azzaro dans une eau de toilette résolument masculine ». S’exclamant avec effusion devant l’affreuse bonne femme, il ne peut s’empêcher de lancer quelques « ah ah ah » enfiévrés afin de marquer son contentement devant une tel discours. Mais son pauvre cerveau, déjà à moitié déliquescent à cause des vapeurs stagnant dans la parfumerie, ne retient que ces mots « hommes d’actions » et Monsieur X se sent une nouvelle fois comme le maître de l’univers, prêt à relever tous les défis, même les plus fous : partir en trekking au Yémen avec une belle sportive blonde, franchir la Manche à la nage afin d’aller écouter le carillon de Big Ben, sauter en parachute de la Tour Eiffel, serrer la main du pape en franchissant d’un bond la barrière des gardes suisses, sauver tous les enfants de la famine, devenir parrain de la mafia, accumuler les femmes dans son grand jacuzzi, jouer enfin une véritable partie sur le terrain de jeu de l’humanité, aux côtés des plus grands joueurs de tous les temps. Arrachant presque le carton qui contient le précieux flacon à la vendeuse, il se dirige rapidement à la caisse, fièrement, allègrement, pensant que ce parfum est véritablement le vecteur qui le fera monter en grade dans le cœur de toutes les femmes de la planète. Puis sorti du magasin, il ouvre fébrilement le carton et avec un plaisir non dissimulé, en plein milieu du trottoir, il sort la petite bouteille de son emballage, appuie furtivement sur le jet salvateur, entendant avec une joie enfantine un léger « pschiiitt » qui sonne comme le glas à tous ses malheurs et ses manques de confiance en lui. Puis, revenu dans la lunetterie pour y chercher ses nouvelles montures, il les ajuste immédiatement sur son nez, voyant pour la première fois le monde à sa portée et gonflé à bloc, il sort du magasin avec une dernière idée en tête. Cela fait déjà quelques semaines qu’il a repéré là-bas au coin de la rue, l’ouverture d’un nouveau magasin qui loue des DVD. Aujourd’hui est le grand jour, enfin il va oser faire ce qu’il n’a jamais tenté jusqu’à présent, franchir le rideau rouge de tous les interdits, braver sa mère et son éducation prude, et louer pour la première fois de sa vie les délices qui vont enfiévrer tout son corps et assouvir enfin ses désirs les plus fous. A suivre


© Delphinium Mars 2008

04 mars 2008

Un jour ordinaire (10)

(Un changement décoiffant)

En sortant de l’ascenseur, Monsieur X décide de prendre le reste de la journée pour lui, sans remettre les pieds au bureau, ce qu’il n’avait jamais fait dans son passé, sauf pendant les vacances ou les jours de congé. Il se met à déambuler longuement dans les rues du centre ville, s’arrêtant devant toutes les vitrines de mode masculine. En regardant les mannequins dans les devantures, il sent confusément qu’il a vraiment un look très ridicule, se rendant bien compte qu’il n’est pas à la mode et qu’il a plutôt l’air d’un imbécile que d'un jeune cadre branché. Tristement, il continue à marcher dans les rues piétonnes puis soudain, se passant la main dans les cheveux afin de remettre en place une mèche rebelle, il repère un coiffeur dont la vitrine, chargée de photos de jeunes mâles bien musclés et bien peignés, fait prendre conscience à Monsieur X que s’il veut changer quelque chose dans sa vie, c’est sur le sommet de son crâne que tout doit débuter. Prenant son courage à deux mains, ressentant malgré tout une petite angoisse au fond de son estomac, il pousse la porte et franchit timidement le seuil. Le salon de coiffure est vide de clients mais derrière le comptoir, un jeune freluquet branché est en train de tenir une conversation animée au téléphone. Monsieur X, tremblant des pieds à la tête, fait quelques pas en avant et s’approche de l’imbécile gesticulant, racontant avec emphase une de ses dernières sorties en boîte. Se raclant la gorge plusieurs fois afin de manifester sa présence et pour éclaircir sa voix qu’il veut rendre la plus enjouée possible, Monsieur X attend patiemment que le coiffeur fou daigne finir son appel. Lorsque ce dernier dépose enfin le combiné, Monsieur X, s’adressant à lui d’une petite voix timide, demande une nouvelle coupe de cheveux. Le jeune homme regarde alors fixement cet imbécile qui vient troubler sa matinée, se moquant intérieurement de la dégaine de raté qu’il présente à la face du monde et, d’une voix suave, invite avec un sourire ironique Monsieur X à s’asseoir dans un grand fauteuil noir. Regardant attentivement le tas de cheveux gras qui orne la tête de son client en réprimant maladroitement une moue dédaigneuse, il décide de commencer son travail par un lavage en profondeur du cuir chevelu de ce crétin, puis après avoir bien frotté et bien rincé, armé de sa clique d’instruments de torture, il se met à couper, parlant de tout et de rien, mais surtout de rien de très intéressant. Tous les petits potins du quartier passent à la moulinette de la langue acérée du jeune débile. Si Monsieur X écoutait ce monologue débridé, il saurait à présent que le boulanger du coin vient de perdre son chat qui s’est tué en tombant du quatrième étage dans un vol plané digne des plus mauvaises cascades de cinéma, que le petit vieux qui habite juste au-dessus du salon de coiffure a été emmené d’urgence ce matin à l’hôpital après s’être cassé le col du fémur sur le carrelage de la salle de bain en essayant de ramasser un bout de savon malencontreusement tombé lors du rinçage quotidien de son pauvre corps décharné et que, information de la plus haute importance, l’affreuse prostituée blondasse qui arpente la rue la nuit dans des tenues roses extravagantes et vulgaires a été conduite au poste de police il y a quelques minutes à peine car elle cuvait une cuite près du container à papier au coin de la rue en insultant toutes les petites grands-mères, les traitant de « vieilles pétasses juste bonnes à pomper du fric à la sécurité sociale ». Mais Monsieur X n’entend rien, ne voit rien car il commence à sentir les affres de l’angoisse en voyant que des touffes de cheveux entières jonchent à présent le sol autour de son fauteuil. N’écoutant pas le jeune premier qui gesticule derrière son dos, il voit avec stupéfaction dans le miroir qu’un changement notable apparaît sur le sommet de sa tête. Alors que le coiffeur habituel chez qui il va de temps en temps se contente de lui couper simplement les cheveux, toujours dans le même sens, le jeune freluquet a réussi à faire en sorte que les cheveux sagement collés les uns avec les autres il y a encore de cela quelques minutes, semblent maintenant danser une farandole folle, digne des espérances les plus secrètes de leur propriétaire. Puis à la fin de la coupe, atteignant l’apothéose de son œuvre fantasmagorique, le jeune coiffeur passe une sorte de mousse collante dans les cheveux, ébouriffant de manière désordonnée mais néanmoins subtile les quelques cheveux rebelles que Monsieur X possède encore.

Incroyable, se dit Monsieur X. Il porte les mains à sa nouvelle coiffure, étonné de voir que l’ensemble est du plus bel effet. Se regardant encore et encore dans le miroir, il semble complètement ébahi de voir que pour la première fois de sa vie, ses cheveux ont l’air de vivre enfin. Et pour la première fois depuis très longtemps, Monsieur X se sent pousser des ailes, comme si le fait d’avoir des cheveux fous sur le sommet de son crâne pouvait lui faire entrevoir toutes les possibilités de s’éclater enfin sur cette planète. Emu au plus haut point, il manque embrasser le jeune con avec ses ciseaux, puis sortant un billet pour payer la coupe, il rajoute encore de nombreuses petites pièces pour marquer sa satisfaction dans un pourboire très généreux. Sortant ensuite presque en dansant sur le trottoir, il observe gaillardement les passants pressés puis, conscient qu’il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin dans sa transformation complète, il continue sa route. Ayant repéré un magasin dont les vitrines lui semblent contenir toutes les plus belles merveilles du monde en matière de costard, il entre avec plus de conviction que chez le coiffeur quelques minutes plus tôt et se dirige prestement vers le rayon des costumes. Le vendeur, avec un sourire sardonique et moqueur, l’aiguille sur une nouvelle ligne de costard branchée pour les hommes brillants, citadins, cadres dans les grandes entreprises. Monsieur X en essaie un qui a particulièrement attiré son regard. Se contemplant dans le miroir, il hésite longuement puis il se décide enfin pour deux costards gris métallisés qui se marieront à merveille avec sa nouvelle coupe de cheveux rebelle. Pour parfaire l’ensemble, il choisit également quelques paires de chaussures de ville ainsi qu’un lot de cravates bigarrées. Imaginant la tête de sa mère lorsqu’il ira lui rendre visite prochainement dans ses nouveaux atours, il sourit aux autres clients du magasin et se dirige nonchalamment vers la caisse. Arrivée devant la caissière qui lui fait un grand sourire, il jette négligemment sa carte de crédit sur le comptoir, devenu en quelques minutes le maître du monde. Souriant timidement à la jeune femme qui emballe ses précieux trésors, il se rend compte que cette dernière est très mignonne et peut-être même plus belle que la Suzanne Bilieux. Se rappelant ses bonnes résolutions prises dans les toilettes du bureau, il imagine la Bilieux se prenant les pieds dans la moquette du bureau, s’éclaffant de tout son long au milieu de ses piles de dossiers, se tordant même la cheville dans la chute et à l’idée de cette scène ridicule, voyant les horribles chaussures rouges qu’elle arborait le matin même gisant tristement sur une feuille de bilans comptables, il rit intérieurement en remettant sa carte de crédit dans son portefeuille. Il sort ensuite du magasin le cœur de plus en plus léger, prêt à s’envoler vers de nouvelles conquêtes. A suivre


© Delphinium Mars 2008