29 avril 2008

Un jour ordinaire (17)

(La partie est définitivement perdue)


Après de longues minutes passées au-dessus des toilettes, Monsieur X tire enfin l’eau, s’essuie la bouche avec le bout de sa cravate qui prend une vilaine teinte brunâtre et se dirige tel un automate dans la salle de bain. Se contemplant longuement dans le miroir, il laisse échapper quelques soupirs profonds. Monsieur X ne s’est jamais senti aussi seul et aussi mal dans sa peau que ce soir. L’alcool s’évaporant peu à peu de son corps, il reprend lentement ses esprits et la chute est brutale. Un flot de larmes se met à rouler sur ses joues pâles et de longs sanglots oppressent sa poitrine. S’asseyant sur le bord de la baignoire, Monsieur X se prend la tête dans les mains et passe un long moment à pleurer à chaudes larmes sur son sort. Pourquoi lui et pas un autre ? Il n’a jamais rien fait de mal, jamais il n’a élevé la voix sur ses patrons, jamais il n’est arrivé en retard au bureau alors pourquoi ? Pourquoi le sort s’acharne-t-il toujours sur lui ? Alors qu’enfin il avait choisi se prendre en main et de changer sa vie, voilà qu’on lui tire dans le dos, anéantissant d’un coup ses projets et ses envies les plus folles. Il aurait pu partir en vacances, faire une croisière dans l’océan Pacifique sur un bateau de luxe, entouré de créatures toutes plus belles les unes que les autres. Ou alors il aurait pu participer à un safari photo au Kenya, titiller les éléphants, faire des pieds de nez aux lions paresseux et draguer de loin les femelles Masaï. Il aurait pu visiter le site du Machu Pichu, caresser des lamas et s’acheter un beau bonnet péruvien plein de couleurs pour les sports d’hiver. Maintenant, que reste-il ? Et les larmes roulent, encore et encore. Une petite mare se forme sur le carrelage de la salle de bain car c’est un chagrin infini qui envahit le pauvre homme. Reniflant bruyamment il se lève, se dirige vers le téléphone situé dans un coin du salon et compose le numéro de sa mère. Une voix sèche lui répond :

- Allô ?
- Oui Maman, c’est moi.
- Pourquoi tu m’appelles aussi tard ? Tu sais bien que je n’aime pas que l’on me dérange le soir, surtout quand je suis en train de regarder l’inspecteur Derrick. Décidément, tu ne comprends rien à rien…
- Maman, je me suis fait virer aujourd’hui. Je n’ai plus de travail.
- Et alors, que veux-tu que j’y fasse ? Je t’avais toujours dit de ne pas faire ce métier mais moi, on ne m’écoute jamais. Tu aurais dû suivre les traces de ton père mais non, tu as voulu être plus intelligent, faire des études et patati et patata. Et voilà le résultat !
- Je…
- Quoi encore ? Tu ne veux pas que je te plaigne en plus de ça ?
- Mais enfin…
- Encore ? Tu es encore là au bout du fil à m’enquiquiner ?
- Maman, je ne vais pas bien…
- Et alors, moi non plus je ne vais pas bien. Ma hanche me fait mal, le caniche de la voisine du dessus n’arrêter pas d’aboyer quand il me voit dans l’ascenseur et le rouge que j’ai ouvert à midi avait un sale goût de bouchon ! Et alors, ce n’est pas pour autant que je t’ai téléphoné pour me plaindre. Voilà, tout ce que tu sais faire mon fils, c'est de te plaindre. Trouve-toi une femme, fais des enfants et occupe-toi de ta vieille mère. Et arrête de jouer au pleurnichard !
- Maman…
- Suffit ! Je ne vais pas savoir qui est l’assassin ! Laisse-moi tranquille et va te coucher et trouve-toi un autre travail pour ne pas vivre aux crochets de la société !
- Mais…
- Au revoir !

Et la vieille bique raccrocha.

Monsieur X sentit ses jambes vaciller. Essuyant maladroitement les larmes qui se sont remises à couler le long de ses joues, il s’effondre alors dans son fauteuil. Il s’amuse à enrouler sa cravate au bout de son doigt pendant un temps qui paraît une éternité aux acariens qui le regardent de leurs petits yeux fouineurs. Monsieur X se dit que la partie est définitivement perdue pour lui, la balle s’est éloignée, le terrain s’est effondré et il ne pourra jamais marquer un but pour se faire acclamer par ses pairs. Puis, lentement, il se met à chanter ce que Luky Luke chantait à la fin de chaque histoire : « I’m a poor lonesome cow-boy… ». Et le chœur des acariens reprend : « Lonesome cowboy, lonesome cowboy, you're a long long way from home. Lonesome cowboy, lonesome cowboy, you've a long long way to roam ». A suivre


© Delphinium Avril 2008

21 avril 2008

Un jour ordinaire (16)

(La tête à l'envers entre les bâtiments)

Titubant sur ses deux jambes, Monsieur X sort de la station de métro, laissant derrière lui une fragrance alcoolisée empreinte de relents de transpiration, digne d’un vénérable poivrot qui a passé la journée à faire la tournée des bars. Imbibé au plus profond de ses entrailles, il a toutes les peines du monde à retrouver son immeuble car il a l’impression d’avoir la tête complètement à l’envers, puis, quand enfin il le repère, il sent qu’il a gagné une grande bataille sur l’ennemi. Entrant dans l’immeuble, se retenant avec peine aux plantes vertes qui ornent l’entrée du bâtiment, il appelle l’ascenseur, puis, quand ce dernier arrive au rez-de-chaussée, il y entre, appuie sur le bouton qui correspond à son étage et le temps de la montée, entame un monologue grandiloquent sans queue ni tête en présence de passagers invisibles. Arrivé à son étage, il met au moins cinq bonnes minutes à essayer d’introduire la clé dans la serrure de la porte, s’y reprenant à plusieurs fois, laissant tomber le trousseau par terre, le ramassant, puis réessayant, le tout agrémenté d’un chapelet de jurons qui aurait fait s’évanouir d’horreur sa mère. Un de ses voisins, chômeur depuis de longues années, passant ses journées reclus dans son appartement et ne supportant pas le moindre bruit, sort sur son palier car le raffut de Monsieur X l’empêche de se concentrer sur les questions de Jean-Pierre Foucault. Il commence à invectiver le pauvre Monsieur X avec hargne et ce dernier, se retournant avec peine, lui fait un bras d’honneur sec et sonnant. Un flot d’insultes toutes plus obscènes les unes que les autres retentit alors dans la cage d’escalier, Monsieur X essayant vainement d’empoigner l’autre imbécile qui le repousse d’un coup violent contre la porte de son appartement. A moitié sonné par le choc, Monsieur X doit se retenir à la poignée de la porte pour ne pas s’écrouler sur son paillasson. L’autre voisin lui intime fermement l’ordre de « cesser tout ce bordel » et après voir claqué sa porte, on l’entend augmenter le volume de la télévision jusqu’à ce que Monsieur X distingue nettement les paroles du candidat du jeu télévisé déclarant fièrement « c’est ma dernière réponse Jean-Pierre ! » Monsieur X, transpirant à grosses gouttes, fait un dernier effort pour introduire la clé dans la serrure, se concentrant comme jamais, fixant avec deux yeux agrandis par l’ultime lutte du condamné le trou de la serrure, puis enfin, dans un sursaut d’honneur, réussit à entrer dans son appartement. Claquant la porte derrière lui, il ouvre le petit judas et regardant dans le trou ouvert sur l’extérieur, comme les petits enfants dans les préaux d’école, il tire une langue monstrueuse, et, moitié hilare, déclare d’une grosse voix caverneuse : « Allez vous faire voir, vous êtes viré ! » Puis, se cramponnant aux murs du hall d’entrée, il sent que son estomac refuse de continuer ainsi, et titubant vers les toilettes, il arrive au-dessus du cabinet et dégurgite avec effort un flot brunâtre de déjections innommables. La sueur perle à son front et il reste de longues minutes au-dessus du trou pour soulager son organisme. Tirant l’eau, il sort ensuite lentement des toilettes, entre dans la cuisine, ouvre le frigo et afin de se rincer la bouche, décapsule une bouteille de bière qu’il porte hardiment à sa bouche. Il se dirige ensuite dans le salon et s’effondre dans son fauteuil, incapable de fournir un effort supplémentaire. Les yeux perdus dans le vague, il respire difficilement et afin de soulager les spasmes qui le font hoqueter, il desserre sa cravate.

S’enfonçant peu à peu dans une certaine torpeur, il sent confusément que quelque chose est en train de l’observer, avec ironie et moquerie. Il enlève ses lunettes, se frotte les yeux puis soudain, il se rend compte que dans les coins de son salon s’entassent des boules de poussière infâmes qui semblent l’espionner sans retenue. Son cœur s’emballe, l’alcool qui coule encore à flots dans ses veines lui fait entrevoir mille paires d’yeux d’acariens qui le jaugent avec orgueil et le jugent sur l’autel de la bienséance. Soudain, il sent qu’il ne supporte plus toute cette pression ambiante et avec colère brandit le poing devant les boules de poussière.

« Et alors qu’est-ce que vous avez à m’lorgner ainsi ? Vous n’me reconnaissez pas ? J’ai tellement changé depuis ce matin ? Oui, possible et alors ? Maintenant vous allez devoir me supporter tous les jours car j’suis viré et je ne retournerai pas bosser dans ce repère de sinistres connards. Et alors ? Qu’est-ce que ça peut vous foutre à vous ? Vous roulez à longueur de journée sur mon carrelage, sur mes tapis et même sur le bord de ma baignoire. Ça doit être marrant de se foutre d’ma gueule le matin quand j’dois partir bosser. Dès que j’ai le dos tourné, ça doit être une véritable partouse d’acariens en folie. Et jamais un merci pour les factures d’électricité et d’eau chaude que je paie à votre place, nourris, blanchis et logés, bandes de petits salopards, profiteurs du capitalisme ! Vous n’en foutez pas une, toujours à glander, à vous traîner par terre comme des loques que vous êtes. Sales bêtes ! En plus, vous êtes dégueulasses. Tous noirs et avachis ! Vous n’faites jamais les courses, pas de coup de main pour le ménage, glandus ! Et bien je vais vous dire, p’tits acariens que je conchie, je vous tiens entièrement responsables de mon malheur, car c’est à cause de vous et de vous seuls si Suzanne est une salope sans nom avec un gros chignon affreux que j’ai envie d’exploser tous les matins. Et puis moi, contrairement à vous, j’sais aller en vélo. Parfaitement ! Même que je sais lâcher les pédales et continuer à rouler. Et je peux péter tout en rotant. Ça, j’suis sûr que vous n’savez pas le faire. Nullissimes ! Et bientôt je partirai me délocaliser en Pologne et je retrouverai toute la famille de Jean-Paul II, le pape de tous les cathos de ce monde. Sainte mère, ô ma mère, priez pour nous, misérables morveux. Et malgré tous mes talents cachés, ma capacité à m’téléporter dans les pays de l’Est, on m’vire, on m’expulse, on m’conchie, on m’bannit, on m’insulte, on m’aplatit comme une crêpe, on m’lance contre le mur, on m’fait un bras d’honneur, on m’rejette, on ne m’aime plus, on m’exècre, on m’donne un coup de couteau dans le dos, on m’lacère les tripes, on m’arrache les cheveux, on casse mes belles lunettes, on déchire ma cravate, on déchiquette mon costard, on m’tue à petits feux, on me hait, on m’fait une entourloupe, on m’abrutit, on me claque, on m’renvoie, on m’vire, on m’vire, ON ME VIRE !Je vire de bord, je virevolte, je vire à tribord, je vire à bâbord, je vire au rouge, à l’écarlate, je vire au vert, je vire au verre, vers à soie, verre à dent, vers les cons, vers ma destinée, en bref, on m’LICENCIE, et je vous EMMERDE !! »

Et dans une crise de fou rire dément, il se lève fièrement, se tenant à peine sur ses deux jambes, se retourne, descend son pantalon et montre son arrière-train aux acariens ulcérés et apeurés devant tant d’insanités et de manque de savoir-vivre. Puis traversant en tanguant son appartement, il retourne vers les toilettes et les vomissements reprennent de plus belle, dans un bruit affreux de toussotements et de raclements de gorge.

Pendant cette folle incartade entre un homme ébréché et ses acariens, les autres imbéciles qui peuplent cette planète rentrent de leur boulot, embrassent leurs femmes ou leurs maris, grondent et claquent des gnomes récalcitrants, préparent la table, ingurgitent des plats tout préparés chauffés au micro-onde, puis s’affalent devant leur écran plasma, dans un brouhaha de paroles qui monte et s’amplifie pour se perdre finalement dans les sphères de l’oubli et de l’indifférence. Un jour ordinaire, comme tant d’autres suivront, encore et toujours, tant que la terre sera terre et que des humains abrutis y vivront. A suivre




© Delphinium Avril 2008

15 avril 2008

Un jour ordinaire (15)

(Le métro, haut lieu de socialisation)


Dans sa tête, il imagine sans peine qu’il ira maintenant grossir le rang des chômeurs de tous bords. Il deviendra gros à force de manger des pizzas tous les jours car les indemnités de chômage ne sont pas éternelles et de toutes façons, plus personne ne voudra l’engager. Il commencera à boire pour oublier, il laissera sa barbe pousser, il se mettra à écouter des vieux disques de Motorhead qu’il écoutera en boucle jusqu’à ce que le tympan de ses oreilles surgisse du néant dans un éclat de décibels pour rouler dégoulinant sur le vieux tapis IKEA. Il deviendra méchant pour ne plus avoir à être gentil, il enverra paître sa mère qui n’a fait de lui qu’un déclassé, un raté puissance dix, un semblant d’homme d’action parfumé de Azzaro pas du tout dynamique. Peut-être même qu’il pourrait l’étrangler pour en être définitivement débarrassé, car finalement elle ne sert à plus rien, si ce n’est à être encombrante avec ses kilos en trop et sa morale bien pensante qu’il a envie maintenant de conchier au plus profond de lui. Il pourrait s’engager dans une association bénévole pour lutter contre la faim dans le monde ou devenir curé pour annoncer la bonne nouvelle aux brebis perdues. Mais s’il tue sa mère, il ne pourra jamais accéder au rang de la prêtrise bien que certains prêtres soient aussi coupables d’atrocités sans nom que personne n’aime dénoncer. Et finalement, qu’est-ce qu’il en a à paître des brebis perdues ? Elles n’ont qu’à aller dans un bon magasin et s’acheter un « Global Positioning System » pour retrouver le chemin de leurs verts pâturages et cesser de faire parler le bon Dieu à leur sujet dans ses sermons sans fin là-haut sur la montagne.

Le temps d’une journée, Monsieur X a cru naïvement qu’il pouvait accéder à ce qu’il n’avait jamais osé espérer, changer de peau, se sentir enfin bien dans ses chaussures, avec ses nouvelles lunettes et son gel bon marché dans les cheveux. Mais cela n’aura servi à rien, à rien du tout, juste à donner l’image d’un jeune cadre dynamique le temps d’un trajet en métro et d’une entrée timide dans les bureaux. Se revoyant franchir les portes de l’ascenseur pour rejoindre sa place de travail quelques heures auparavant, Monsieur X sent son cœur se dilater sous sa chemise. Et s’il retournait à l’instant au bureau pour aller trouver la Bilieux, la culbuter sur son bureau, saisir une paire de ciseaux traînant dans un tiroir oublié, et la trouer avec cette arme terrible, plusieurs coups, plusieurs fois, pour l’achever, pour engloutir sa haine dans un flot de sang. Là, dans son cœur, dans sa poitrine opulente qui se dégonflerait enfin, libérant des flots d’air comprimé balayant toutes les piles de feuilles dans le bureau sordide mais aussi dans son ventre afin de l’empêcher de mettre au monde d’autres enfants qui seront malheureux d’avoir une mère pareille, plusieurs coups violents et rageurs jusqu’à sortir ses intestins et en tapisser les murs, dans de grandes gestes dégingandés et détachés qui le feront prendre par les inspecteurs de la criminelle pour un misérable fou. Frissonnant à cette idée morbide, Monsieur X sent la sueur perler à son front et titubant d’idées noires, sentant une personnalité criminelle grandir au fond de ses entrailles et ne sachant que faire pour la contenir, il préfère entrer alors dans une petite brasserie de quartier, pour noyer sa haine du monde dans des verres d’alcool. A cette heure de la matinée, la brasserie n’est remplie que de vieux ridés qui jouent aux cartes dans la pièce enfumée, avalant des bières sans saveur, les yeux déjà glauques. A l’entrée de Monsieur X dans la salle, quelques regards appuyés s’attardent sur lui mais pas un « bonjour » ne retentit, si ce n’est une grimace affreuse de la part de la serveuse qui considère le nouveau venu comme une entrave à son activité du moment. La fille est en effet en pleine action de limage de ses ongles et Monsieur X devient le perturbateur numéro un de cette activité qui requiert le concours de tous ses neurones. Monsieur X ne fait pas attention à l’effet négatif qu’il a produit sur ladite pimbêche et s’assied en fond de salle. Après avoir commandé une première bière, il regarde vaguement les rescapés de la maison de vieux qui tapent le carton un peu plus loin dans un concert tonitruant de paroles toutes plus déjantées les unes que les autres. Merveilleuse sénilité qui empêche les pauvres bougres de ne pas se rendre compte de leur misérable vie. Monsieur X regarde également avec des yeux vides l’arrière-train proéminent de la serveuse qui se dandine outrageusement devant les pauvres vieux, devant se contenter bien malgré eux de quelques petites tapes bénignes sur les fesses rebondies de la dame.

Des pensées sombres se bousculent dans la tête de Monsieur X alors qu’un ballet de pintes de bière défile galamment devant lui. Après plusieurs litres ingurgités et des voyages incessants dans les toilettes du fond qui sentent l’urine incrustée depuis des lustres, Monsieur X, regardant sa montre, se rend compte qu’il est l’heure d’avaler quelque chose de plus consistant. Pendant ce temps-là, la salle se remplit quelque peu, les habitués du quartier et des bureaux environnants entrent dans un joyeux brouhaha, ne se doutant pas du drame que vient de vivre cet homme inconnu au bataillon des clients habituels. Regardant le menu affiché au mur, Monsieur X choisit une terrine campagnarde en entrée et un magret de canard pour la suite. Pour accompagner ce copieux repas, il avale sans conviction un vin rouge affreux, digne des plus mauvais vinaigres existant sur la surface de la terre. La tête déjà ivre, il se met à parler tout seul, invectivant la serveuse qui ne le sert pas assez vite à son goût, prenant à partie un client situé non loin de lui en lui parlant des bienfaits de la délocalisation en Pologne, patrie de Jean-Paul II et de tous les saints de l’église catholique, appelant Suzanne une petite grand-mère, qui le regardant bêtement, se contente de hausser les épaules tout en donnant des bouts de viande à un affreux roquet qui bave sous la table et distille une odeur insupportable dans le bistrot. A la fin du repas, il se met à chanter la Marseillaise, reprise en chœur par l’ensemble des petits vieux du fond qui eux aussi commencent à être sérieusement imbibés. Après sa brillante prestation musicale qui déclenche l’hilarité générale, Monsieur X commande un digestif, puis un deuxième et la liste s’allonge en même temps que courent les aiguilles du temps et que s’allongent les ombres au-dehors. Voyant la nuit qui s’installe vite à cette saison, sûr de ne plus sentir le froid mordant qui règne dehors tellement il est réchauffé par l’alcool qui court dans ses veines, Monsieur X sort de la brasserie, non sans avoir payé grassement la serveuse avec un pourboire digne d’un prince et une tape tonitruante sur les fesses de la belle. Titubant sur le trottoir, tenant maladroitement d’une main sa mallette, utilisant l’autre pour saluer les passants pressés dans la rue dans de grands gestes triomphants, il conspue le système capitaliste, injurie sa mère en la traitant de poule de luxe, bouscule un petit caniche qu’il envoie valser dans le caniveau, ne voyant pas qu’au bout du caniche, un petit vieux manque s’étaler de tout son long à côté de l’affreux clébard. Complètement hilare, il déboutonne sa belle chemise, montrant aux femmes ses quelques poils émergeant de son torse puis, sentant tout de même la morsure du froid, resserre sur lui la veste de son costard qui tout fripé à présent, sentant l’alcool, l’urine et le chien, ne ressemble plus qu’à une vulgaire pièce de tissu sans forme.

Enroulant dans ses doigts sa cravate, essayant de la mettre dans ses oreilles pour couvrir le bruit des voitures dans la rue animée, il sort son iPod de sa poche, met les écouteurs dans les narines de son nez et se rendant compte que finalement il n’entend rien, trouve le bon chemin vers ses oreilles. Chantant à tue-tête la musique que diffuse le petit appareil, Monsieur X franchit les derniers mètres jusqu’aux escaliers roulants menant au métro, manquant s’effondrer trois fois lors de la périlleuse descente. Il arrive à franchir le portail avec son billet et suivant le flux continu des voyageurs qui, bien malgré eux, le laissent passer devant, il s’engouffre telle une furie dans le métro qui surgit dans la station.

Il se retrouve coincé entre deux petites vieilles qui le jugent avec des yeux perçants. Il pue l’alcool, ses cheveux sont hirsutes. Le sourire complètement niais, il en embrasse une sur le front déclenchant un flot d’injures de la part de cette dernière qui, malgré sa petite taille, se met à doubler de volume jusqu’à se dédoubler complètement devant les yeux vitreux de Monsieur X. Les autres voyageurs se retournent vers le grand dadet responsable de tout ce raffut et chacun y va de son petit commentaire sur les cadres encravatés qui ne savent pas se tenir aux apéros de boîte et qui encrassent tous les autres passagers le soir venu dans les couloirs du métro. Avec un ultime sursaut de raison et de bon sens, Monsieur X sort à sa station, renversant le cabas d’une des vieilles, ce qui a pour conséquence un lâcher d’oranges que quelques petits morveux s’empressent d’enfourner dans les poches de leurs pantalons trop larges. La vieille, ulcérée, gueulant comme un putois bourré, flanque alors une rouée de coups de parapluie à l’imbécile qui peine à sortir et à s’extirper du métro. « Sale ivrogne » s’égosille-t-elle, ce à quoi Monsieur X répond d’une voix pâteuse, « sale vieille, va crever en enfer ! » A suivre



© Delphinium Avril 2008

09 avril 2008

Un jour ordinaire (14)

(Seul parmi les siens)


Ayant suivi du regard toute la scène, un des collègues proches du bureau de Monsieur X s’approche alors à pas de loup de sa place de travail, saisit la lettre qui gît esseulée sur le clavier noir et sous la rubrique « concerne » il déchiffre ce qu’il a déjà lu ce matin sur sa propre lettre : « Licenciement pour cause de restructuration de notre service de comptabilité»…

Pendant ce temps-là, Monsieur X a franchi la porte du bureau de son supérieur et attend en grelottant que ce dernier lui intime l’ordre de s’asseoir d’une voix de stentor. Péniblement, Monsieur X s’enfonce dans le fauteuil mais il n’ose pas respirer. Son supérieur se met alors à lui parler de résultats comptables et de restructuration de l’entreprise. Avec de grands gestes qui laissent voir que sous ses bras deux grosses auréoles se sont déjà installées à cette heure matinale, il explique à l’imbécile en face de lui que la multinationale a décidé de délocaliser le service de comptabilité à l’étranger. Seuls subsisteront dans la maison mère les cadres les plus importants, dont Madame Bilieux. En entendant ce nom, Monsieur X relève doucement la tête, et fixe les yeux de son supérieur. Un flot de mots tous plus injurieux les uns que les autres à l’égard de cette dinde et de son supérieur monte alors de son estomac, mais en revoyant les mimiques détestables que faisait la belle le jour d’avant en se dandinant dans le couloir aux côtés de ce beau salopard, il se dit qu’une telle faveur du chef envers cette oie infâme ne peut provenir que du fait qu’elle a dû lui dévoiler, le temps d’une nuit peut-être, tous ses charmes cachés. L’estomac de Monsieur X se contracte à cette idée dégoûtante, des positions toutes plus abjectes les unes que les autres défilent devant ses yeux et il déglutit sa haine avec peine. Il n’écoute plus les chiffres que le directeur lui débite, ne regarde pas les courbes de prévisions que ce dernier lui présente. Une douleur sourde envahit peu à peu son esprit. Si la chienne ne l’a pas salué hier, c’est qu’elle devait déjà être au courant de toute l’affaire et donc, petit employé minable jeté à la porte, il ne représentait plus aucun intérêt pour elle. « Ingrate salope », se dit-il. Il faudrait éradiquer toute cette coalition de poules débiles qui se dandinent dans les couloirs de cette grande boîte, en faire de la chair à saucisses pour chiens de rue. Imaginant la Bilieux broyée et contractée dans un boyau, finissant lamentablement dans la gueule d’un chien efflanqué sur le bord d’un trottoir froid de cette ville de fous, Monsieur X éclate soudainement de rire. Son chef s’interrompt alors, surpris de cette réaction si inattendue à l’évocation de la délocalisation du service dans l’est de la Pologne. Il rajuste ses lunettes, ne sachant plus que dire. Monsieur X rit de plus en plus fort, imaginant ensuite la Suzanne au fond de l’estomac du chien puis, prenant rapidement la route des intestins de l’animal, atterrissant lamentablement, transformée en une saucisse malodorante dans le caniveau près de la station de métro. Puis, après cette vision nauséabonde des défections du pauvre chien, Monsieur X sort un grand mouchoir de sa poche, renifle avant de se moucher et de se tamponner les yeux. Reprenant enfin son sérieux, une angoisse terrible monte alors le long des poils de ses jambes et s’installe durablement au fond de sa gorge et c’est alors qu’une petite voix résonne tout au fond de lui, petite voix ironique, qui lui susurre lentement qu’il n’est qu’un nul et qu’il n’arrivera jamais à rien, même dans les plus beaux atours princiers, lunettes rouges et gel dans les cheveux compris. Monsieur X se dit ensuite qu’avant que cette garce ne finisse dans le caniveau, il aurait dû la bousculer violemment dans les toilettes, lui défaire son affreux chignon, lui tirer les cheveux avant de la faire crier comme une sauvageonne et la laisser pantelante et niaise avant de rejoindre sa table de bureau.

Après quelques minutes d’évolution cosmique dans un brouillard ouaté teinté d’images toutes plus folles les unes que les autres, Monsieur X entend vaguement la voix du chef le congédier. Il remet alors son mouchoir dans sa poche, se lève tel un automate, tend une main molle au chef qui lui souhaite un « bonne chance » hypocrite, franchit le seuil du bureau et, blanc comme un linge, parcourt en sens inverse le chemin vers la guillotine, véritable marche au supplice dans laquelle il s’imagine sa tête, déjà à moitié arrachée par la triste nouvelle, se détacher du reste du tronc et rouler afin de rejoindre toutes les autres têtes victimes de ce capitalisme exacerbé. Arrivé vers son bureau, il reprend la fameuse lettre, la plie soigneusement et la glisse dans la poche de son beau pantalon. Il éteint son ordinateur, range quelques babioles au fond de sa petite mallette, saisit la photo de Maman qui tire maintenant la gueule en voyant son grand nul de rejeton, place le cadre dans une petite poche latérale de la mallette, et lançant un regard mortifié à la ronde, il quitte le bureau dans un grand silence. Après la fermeture des portes de l’ascenseur, quelques soupirs las retentissent sur les places de travail et tout revient dans l’ordre. Un bureau comme il en existe des milliers sur la terre, et des imbéciles sacrifiés sur l’autel de la rentabilité qui ne savent pas exactement encore quand leurs têtes se dévisseront définitivement de leurs corps.

Arrivé au bas de l’immeuble, Monsieur X prend le parti de parcourir les rues de la ville sans but précis. Il est encore tôt, de ces heures où les petits enfants parcourent le chemin de l’école, heureux et innocents, ne sachant pas encore que leur destin est déjà tout tracé et que s’ils ont des cheveux gras et des grosses lunettes, leur vie sera un enfer. Monsieur X marche des heures et des heures, sans but précis, sans rien dans la tête, qu’un vide intersidéral qui lui fait entrevoir le monde comme un abysse sans fond. Il observe les gens qui déambulent comme lui dans la rue : ce petit vieux qui erre, courbé sur sa canne, est tout juste bon pour la casse, sans doute seul, retrouvant ses vieux meubles et son chat aigri après une balade qui ne le mènera pas plus loin que le coin du square car ses jambes lui refusent un parcours de grand sportif. Et ce clochard abruti qui n’a pas su saisir sa chance et qui, maintenant, est condamné à faire partie éternellement de cette race de paumés et de déracinés de notre système. Et cette jeune mère, enceinte jusqu’au cou, qui marche telle un manchot empereur sur la banquise d’un continent oublié, traînant par la main un gosse hurlant à qui elle ferait mieux de tirer quelques baffes pour lui remettre les idées en place. Et cette autre femme, amaigrie, des cernes sous les yeux qui, pour parfaire ce tableau annihilant de la condition féminine, pousse devant elle une poussette dans laquelle dort un ange démon, tout auréolée de boucles blondes, qui fera des malheurs plus tard dans les cours d’école et déclenchera des jalousies sans fin entre les gros caïds de la classe tout en faisant souffrir tous les bigleux et les cancres.

« Quel monde » se dit Monsieur X, avec un sourire mauvais, cherchant sur tous ces visages une promesse de jours meilleurs.
Connerie que tous ces sous dépensés hier dans les magasins ! Pour quoi faire ? Pour se faire virer le lendemain comme un malpropre. Foutaise que de croire à une quelconque augmentation qui lui aurait permis de se payer un nouvel appartement plus spacieux, un lit plus confortable, une cuisine équipée des derniers appareils électroménagers qui cuisent tout très vite et qui laissent toutes les vitamines aux légumes. Foutaise, foutaise, foutaise. Foutaise et amertume. Monsieur X se dit tristement qu’il est condamné à traîner sa carcasse, seul parmi les siens, entre ces bâtiments tristes et gris pour le restant de l’éternité. A suivre


© Delphinium Avril 2008

04 avril 2008

Partir pour ce voyage



Plonger dans les eaux sombres
S’enfoncer dans les ombres


Elle naît de partout, sans limites. Elle meurt aussi, sans cesse, toujours, sans fin. Elle rit et ses yeux pleurent, elle pleure et ses yeux rient. Tout est contradiction et c’est lourd à porter, son souffle s’accélère. Elle plonge, elle débarque, et elle embarque. Ta barque n’est plus à quai, tu as quitté son port, tu l’as laissée se noyer. Et les monstres du fond la rejettent, la soutiennent et l’emportent. Elle vaincra et tu le sais, tu resteras avec tes pourquoi au bord, sur son rivage, mais elle sera partie pour toujours. Il te restera tes larmes pour pleurer, tu les jetteras dans ce lac, dans ton lac intérieur qui un jour débordera. Mais elle, elle ne sera plus dans le creux de tes vagues. Il faudra que tu relèves ta tête et que tu regardes là-haut.

Elle aura rejoint enfin ses cimes, au-delà des neiges éternelles et ceux qui l’ont aimée la retrouveront. Peut-être toi, peut-être toi, ou peut-être seras-tu aveuglé par toute la lumière que tu lui avais maladroitement refusée. Ceux qui l’ont vraiment aimée comprendront pourquoi elle a entrepris cette lutte finale. Il n’y avait plus d’espoir ici-bas et elle a préféré faire comme les grands alpinistes, toucher la pierre, caresser la glace, grimper jusqu’à en perdre son souffle. S’asphyxier, simplement, laisser toute cette neige emplir ses poumons et vaincre enfin la peur du vide, pour une fois, pour toujours. Là-haut, dans cette ascension, sa dernière, celle qui la conduira au-delà de tes pourquoi. Elle n’avait pas le cœur comme de la pierre, comme de la glace, au contraire, il était plein de doux flocons, mais tu n’as rien vu. Elle aurait jeté tous ses flocons sur la terre entière pour le bonheur des enfants, pour le bonheur des grands. Et puis tu as lancé ton avalanche, elle a trébuché, elle a glissé, elle a sombré. Elle a débarqué, elle a embarqué, encore et encore, se relevant, et replongeant dans les eaux sombres de ce lac. Mais elle est arrivée enfin de l’autre côté, ivre, trempée mais enfin apaisée. Une fille de la montagne, elle doit s’élever et ne plus plonger. Elle doit mourir pour renaître là-haut, dans le froid et dans la glace mais c’est là qu’elle est née. Et elle y retourne, légère et gracile, comme un tendre flocon qui viendra vous caresser.


Partir pour ce voyage
Doucement sans ambages



© Delphinium Avril 2008

01 avril 2008

Un jour ordinaire (13)

(Une douche froide)

Le lendemain matin, Monsieur X se lève tout guilleret, le sourire aux lèvres, la fleur entre les dents. Le passage à la salle de bain prend quelques minutes de plus que d’habitude car au souvenir des images vues hier soir lorsqu’il était enfoncé dans son fauteuil, il sent des picotements dans le bas-ventre et sous la douche, il entreprend un astiquage vigoureux de sa banane. Il passe également de longues minutes devant son miroir après la douche car il veut mettre le plus grand soin à refaire la même coiffure que le jour précédent. Mais il a quelque peine à bien étaler le gel sur ses cheveux rebelles puis enfin satisfait du résultat, il termine sa préparation par une touche du fabuleux parfum Azzaro. Peu au fait des quantités minimales qu’il doit appliquer pour laisser une légère fragrance derrière lui, il s’asperge gaillardement, n’entendant pas les acariens de la salle de bain crier au scandale et mourir d’étouffement. L’homme d’action doublé de l’homme moderne dynamique et sûr de lui saisit ensuite sa petite mallette sans jeter un seul regard aux acariens encore traumatisés de la soirée précédente et de l’intoxication qui vient de se produire chez certains de leurs congénères, claque la porte et court prendre son métro. Encore peu habitué à l’effet de sa nouvelle personne sur un public non averti, il ne remarque pas quelques regards appuyés de femmes qui se demandent qui est donc ce bel étalon fringant qui monte à cet arrêt. Durant le trajet, il décide d’écouter une musique entraînante sur son Ipod, bien décidé à démarrer cette journée sous les meilleurs auspices. Il ne prête guère attention à ses voisins de métro qui manquent s’évanouir, obligés de supporter les odeurs lancinantes de son nouveau parfum. Arrivé dans l’ascenseur de l’entreprise, il croise quelques collègues qui le regardent abasourdis, se demandant quelle fée a réussi à opérer une telle transformation sur sa carcasse que tout le monde croyait bonne à la casse. Un peu gêné, sentant bien tous ces regards appuyés qui fixent son dos alors qu’il se dirige vers son service, il s’installe avec hâte à sa place de travail, n’osant regardant les autres collègues, bien décidé à travailler d’arrache-pied durant cette journée afin de décrocher enfin la précieuse augmentation qu’il attend depuis des mois et dont il a rêvé voluptueusement toute la nuit. C’est à ce moment-là qu’il aperçoit une enveloppe blanche sur le clavier de son ordinateur et s’il avait regardé le visage de ses proches collègues à ce moment-là, il aurait tout de suite compris que quelque chose ne tournait pas rond dans l’atmosphère, et ce depuis son entrée. Il a pensé naïvement et sans doute orgueilleusement être le centre de l’univers par son apparition brillantissime à la sortie de l’ascenseur mais l’ambiance est chargée de quelque chose d’autre, un sentiment plus diffus, confus. En effet, les visages d’abord étonnés de ses collègues lors de sa sortie de l’ascenseur retrouvent une raideur non feinte et les quelques sourires qu’il a aperçus sur certains faciès disparaissent rapidement dans une ambiance lourde d’électricité. Les figures retrouvent une fixité tendue, faite d’appréhension. On entendrait voler une mouche.

Monsieur X décachette l’enveloppe en tremblant, se disant que peut-être elle est synonyme d’une bonne nouvelle et lit rapidement ce qui suit. Mais il doit s’y reprendre à plusieurs fois, car les mots dansent devant ses géniales lunettes rouges et il n’arrive pas à mettre de signification sur ce qu’il lit. Plusieurs minutes se passent et il comprend enfin ce qui lui arrive. Il sent alors des gouttes de sueur perler sur son front et son estomac descend rapidement dans ses nouvelles chaussures, se liquéfiant littéralement sur la moquette du bureau. Il a l’impression à la fois de se noyer dans sa baignoire sous les yeux ironiques et radieux de tous les acariens qui squattent chez lui, de se prendre une balle de gros calibre en plein cœur par un parrain de la mafia en plein centre d’une ville italienne chargée d’immondices de toutes sortes, de tomber du 20ème étage de l’Empire State Building, de mourir congelé dans une tempête arctique, de se faire lacérer en fines lamelles par un ours mal léché dans les Alpes suisses. Tout cela lui fait battre son petit cœur d’une manière totalement désordonnée et il sent un malaise incommensurable l’envahir peu à peu, du bout de ses orteils jusqu’à la pointe de ses cheveux enduite de gel bon marché. Se levant alors avec difficulté, s’appuyant de ses deux mains sur le bord de son bureau, sa tête se met à tourner, son cœur s’emballe et il doit se retenir au bord du bureau pour ne pas tomber la tête la première sur son clavier, au risque de voir toutes les touches de l’alphabet imprimées sur ses joues fraîchement rasées. Il se dirige alors lentement et tremblant vers le bureau de son supérieur, frappe timidement à la porte et après quelques secondes d’une attente insoutenable pour ses nerfs fortement fragilisés, il entend une voix caverneuse lui intimant l’ordre d’entrer. A suivre


© Delphinium Avril 2008