© Delphinium Juillet 2008
31 juillet 2008
02 juillet 2008
Lamasement vôtre
A mes chères amies et chers amis
Mars 2006. C’était il y a deux ans, presque deux ans et demi. C’était la première fois que je me lançais dans le monde des blogs. Mon premier texte écrit ici était le texte d’une femme de la montagne. Une femme regarde ses montagnes. Un simple coup d’œil comme tant d’autres. Mais ce jour-là, elle voit une avalanche dévalant les parois rocheuses et quelques phrases surgissent, des mots à poser délicatement sur les éléments déchaînés afin de décrire combien la montagne peut être sauvage et cruelle. A ce moment-là déjà, cette femme savait que la montagne serait omniprésente dans ses écrits et ses photos parce qu’elle représentait tellement à ses yeux et à son cœur.
Ce n’est jamais facile de se lancer dans le monde des blogs. On ne sait pas ce qui va arriver, on écrit sans savoir si quelqu’un va venir mettre un commentaire. Et quand les premiers commentaires tombent, on est heureux, on a l’impression d’exister, un peu, beaucoup, passionnément. On est aussi un peu anxieux, on se dit qu’on est un peu fou. Et puis avec ténacité, on continue à publier, à prendre des photos pour le bonheur simple de partager ses passions, ses envies, ses joies et ses peines. Toutes et tous, nous avons ressenti des moments de lassitude vite compensés par des moments de grand partage. Chacune et chacun s’est demandé pourquoi telle ou telle personne ne passait plus, pourquoi certains commentaires n’apparaissaient plus. Le monde des blogs est aussi cruel, parfois, et il faut se dire que le monde des blogs, c’est un univers qui ressemble étrangement à la réalité
Petit à petit, j’ai pris du plaisir à écrire et à me balader sur la toile. Simplement par curiosité, et ensuite par intérêt. Et j’ai commencé à rencontrer des gens, virtuellement certes mais ces premières rencontres ont été si enrichissantes.
Un lien, ténu au début, se tend, s’étire petit à petit. Et mon cœur et mon esprit se sont alors mis à voyager sur vos écrans. Par le biais de vos écrits et de vos photos, j’ai commencé un peu à vous connaître. Un tout petit peu, puis ensuite les liens sont devenus plus forts, au fil des jours et des partages. Difficile de décrire ici tout ce que l’on peut ressentir.
Durant ces mois d’écriture intense, durant ces deux dernières années, le chemin de l’existence n’a pas été facile pour moi mais je suis habituée aux chemins caillouteux. Fille de la montagne, je connais les ravins, les crevasses et les chemins à prendre pour contourner l’obstacle. J’ai parfois le vertige mais je me dois de le dompter et de continuer à avancer pour arriver au sommet et toucher du doigt les nuages cotonneux qui cachent tellement de légèreté.
Je sais que les textes parus ici n’ont pas toujours été évidents à lire. Et pour moi non plus, certains n’ont pas été faciles à écrire. Quand on souffre, quand son cœur explose, il y a des moments où on a envie que tout s’arrête. Et j’ai eu ces pensées-là mais à chaque fois, je me disais que je devais tenir, écrire, saisir l’écriture comme exutoire. Parfois, je me perdais sur la toile pour venir chez vous, fatiguée mais avec le besoin de faire un peu le pitre pour relâcher la pression, pour lancer des commentaires ironiques, malicieux. Et je repartais sur la pointe des pieds, le sourire aux lèvres des bêtises que j’avais pu écrire et un peu apaisée de voir que le rire n’est jamais très loin des larmes.
Il y a des textes que je relis encore aujourd’hui avec toujours la même émotion, comme par exemple ce texte qui parlait de mon petit pépé chanteur parti sous d’autres cieux. Le déchirement de la séparation avait été terrible mais une personne proche dans mon entourage, qui avait lu le texte (Bonne route tout là-haut) m’avait assurée, en lisant mon texte, que mon petit pépé était enfin débarrassé de toutes les vicissitudes terrestres et qu’il avait trouvé la paix. Quand j’ai écrit le texte en hommage à mon Grand-Papa, là aussi, les choses n’avaient pas été faciles mais vous étiez là, certes encore virtuels mais déjà tellement présents.
Et au fur et à mesure que le temps a passé, mon cercle de visiteurs s’est agrandi, pour mon plus grand plaisir. Et dans un enrichissement profond et permanent. On se sent parfois tellement seule, et pourtant, il y a des gens qui tiennent à nous, dans la réalité mais aussi dans le virtuel. Drôle de sensation n’est-ce pas ? De se dire qu’à des kilomètres de nous, il y a quelqu’un qui pense à nous sans véritablement nous connaître mais qui allume une flamme dans l’obscurité afin d’éclairer notre chemin.
Il y a eu « Le chemin de la Libération ». En relisant aujourd’hui ce texte, j’y vois plein d’imperfections littéraires mais j’y vois surtout une jeune femme en osmose totale avec son amour et son environnement naturel, la montagne, la neige. A la fin de l’histoire, Blanche n’a fait qu’un avec la neige, parce qu’elle l’avait voulu, parce qu’elle avait été trop aimante, peut-être aussi trop orgueilleuse, mais tellement vraie.
Les montagnardes sont souvent ainsi : rudes mais si aimantes, là, tout au fond. Je suis une montagnarde et je suis rude mais je suis aussi comme le petit flocon de neige qui tourbillonne lentement et se dépose légèrement sur la terre. En suspension, parfois entre parenthèses.
Il y a eu tous ces fous rires et ces commentaires qui partaient dans de la folie pure. Je me dis que quelqu’un qui arrive maintenant dans cet espace aura de la peine à comprendre les choses. Il y a d’ailleurs tellement d’émotions, tristes ou joyeuses, à cerner ici. Comme moi, triste et joyeuse, comme vous aussi. Les peines et les joies sont le reflet de notre vie. Nous passons tous par des moments difficiles. Sur certains blogs, cela se ressent beaucoup, sur d’autres moins. Mais une photo, un texte, un commentaire, c’est vous et c’est moi. C’est nous. Tous ensemble.
Cette année, il y a eu « Un jour ordinaire ». Sombre histoire, avec un anti-héros, déprimant, hilarant aussi, et tellement humain parfois, tellement nu devant les affres de l’existence terrestre. Je suis l’auteure du texte, comme je l’ai été pour « Le chemin de la Libération », et pourtant le style est tout différent. Mais mon ironie ou ma tendresse sont pour moi des choses qui font partie de ma personnalité, complexe peut-être. Difficile à cerner sans doute. Je suis ainsi, comme la montagne. Partir sur les chemins que je vous offre nécessite parfois d’avoir de bonnes chaussures et d’avoir surtout le cœur bien accroché.
Je voudrais vous remercier, je l’ai fait à maintes reprises déjà mais aujourd’hui je tourne une page. « Un jour ordinaire » se termine et je termine aussi le contrat que je m’étais fixée en novembre de l’année passée. Vous livrer pour la deuxième année de suite un texte, un feuilleton avec des épisodes livrés régulièrement. Aujourd’hui, j’avoue que je suis soulagée d’avoir terminé, de vous avoir fait rire ou pleurer. Je suis soulagée surtout de ne plus avoir à m’occuper de Monsieur X car il devenait ingérable pour moi, trop sombre, trop dépressif, trop fou peut-être. Je tourne cette page avec apaisement et j’ai envie maintenant de me retirer doucement, sur la pointe des pieds. Alors je vais faire quelque chose qui vous rendra peut-être tristes. Une pause s’impose. J’ai besoin de ressentir ce vide après une création, après un accouchement pourrait-on dire. Ressentir un vide pour peut-être le remplir plus tard avec d’autres textes, d’autres poèmes, d’autres photos. Peut-être que la pause sera courte, peut-être sera-t-elle longue. Mais sachez que je serai toujours là, près de vous, comme une petite flamme, vacillante dans le vent qui souffle sur les sommets et soulève les flocons de neige mais bien réelle, bien vivante. Je distillerai ma présence par petites touches amicales, attentives. Mais pour l’instant, ici, le silence doit régner un tout petit peu. Afin que nous puissions tous entendre que la vie a besoin de s’écouler tranquillement.
J’ai envie de vous dire de ne pas pleurer car je sais que certains seront émus en lisant ce texte, je le suis aussi en l’écrivant, croyez-le bien. Mais il faut parfois savoir s’arrêter pour peut-être mieux repartir.
Pour vous remercier, je vous livre aussi cette photo. Il y a eu un délire qui a perduré tout au long des textes et des commentaires. Il a beaucoup été question de lama. Un animal que l’un d’entre nous a ramené dans ses bagages après un voyage en Amérique du Sud. On a bien déliré avec ce lama. On avait même eu l’idée de ramener une femelle lama à notre lama fétiche.
En Suisse, nous avons aussi des bestioles de ce genre-là. Pas besoin d’aller si loin dans les Andes pour en trouver. Elles se sont montrées à moi un jour, peut-être que c’était un rêve, ou alors la réalité. Qui sait ? Des têtes surgies dans un pré, certaines sans corps, d’autres mal coiffées. Comme un rêve, on se frotte les yeux, et puis soudain tout disparaît. Je vous dédie cette photo car elle vous rappellera tous nos fous rires et toute cette belle amitié qui a transcendé les frontières et qui nous a rendu plus forts tout au long de ces mois passés ensemble.
La montagne auprès de laquelle j’ai grandi est toujours là. Depuis des années. Des siècles, des millénaires. Elle change petit à petit, au fil des saisons, au fil des précipitations, au fil du temps. Mais le socle est toujours là, le même auprès duquel des générations continueront de vivre. Pendant longtemps encore, les gens de ma vallée regarderont avec émotion leurs montagnes le matin au lever du soleil, et le soir au coucher du soleil. Comme ces montagnes, je serai toujours là, fier roc enraciné dans vos cœurs. A jamais et pour l’éternité. Ne l’oubliez pas. Ne nous oublions pas, quel que soit le chemin que nous avons décidé de prendre.
Je vous embrasse toutes et tous.
Lamasement vôtre
Delphinium
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