28 octobre 2008

Un blog comme un pont



Aujourd'hui, ma dame du Nord, Hpy, m'a octroyé une nouvelle récompense, le BFF (le Blogging Friend Forever). Bien sûr, je suis très honorée de cette attention, qui couronne tout le travail que je fais ici ou ailleurs sur les blogs.

Pour remercier ma gente dame, j'ai choisi cette photo. Les blogs sont comme des ponts entre nous, ils créent des amitiés, effacent les frontières et nous permettent un enrichissement mutuel. J'ai toujours apprécié d'aller chez la dame du Nord, son humour caustique, ses belles photos et sa grande humanité font que souvent mes journées sont plus ensoleillées. Et grâce à elle, la montagne et la mer sont réunies et je sens les embruns souffler sur mon visage lorsque je débarque chez elle.

Le jeu consiste à nommer 5 BFF dont une personne arrivée il y a peu et une autre n'habitant pas le même pays que moi. Je ne vais pas suivre la règle. Je n'aime pas les contraintes ni les règles. Mais je vais octroyer cette récompense à deux autres personnes chères à mon coeur.

La première est arrivée il y a peu dans le monde des blogs. Et en plus de cela, elle habite tout là-bas, de l'autre côté de l'océan. Je vous invite à aller lui rendre visite. Elle est venue plus d'une fois sur mon blog avec des messages toujours empreints de tendresse et d'amitié et pour cela je veux la remercier. Ses photos sont belles et on découvre un autre visage de la grande Amérique. Merci Therese.

L'autre personne, je l'adore. Pour ses textes décalés, son humour délirant et tous les commentaires qu'il laisse avec amitié chez moi. Bergson, mon ami, reste tel que tu es. Merci pour tout.
Et à tous les autres, je dédie la photo du jour, prise un beau jour de cet été 2008. Merci à toutes et tous.





© Delphinium Octobre 2008

21 octobre 2008

Coeur de pierre


Jeter des cailloux pour retrouver le chemin du retour, revenir sur ses pas, retrouver la douce chaleur du foyer aimant, comme le Petit Poucet du conte pour les enfants.
Ramasser des petits cailloux blancs, et les jeter derrière soi, de tous petits cailloux, pour ne pas trop se charger, pour ne pas devenir trop lourd, pour continuer à gambader gaiement sur le chemin, l’esprit léger chevauchant dans les douces rafales du vent. Sachant que là-bas, derrière soi, dans le creux de la vallée, brille cette douce lumière qui nous rappelle que le feu des cœurs est toujours allumé et que nous pourrons toujours raviver notre propre flamme à son contact.

Tu te crois encore un enfant, ou tu aimerais bien le croire alors tu ramasses de petits cailloux que tu sèmes derrière toi, prenant bien soin de les aligner derrière tes pas, pour retrouver où que tu ailles le chemin du retour, la douce chaleur, pour sentir leurs mains guérisseuses sur tes blessures. Tu les sèmes, tous petits et tous blancs mais tu as de plus en plus de peine à les trouver sous une forme aussi gracile. Le chemin devant toi devient rugueux, chargé de rochers orgueilleux et de soupirs lancinants dans le vent qui souffle en rafales sur ton visage. Parfois même, il devient effrayant, prenant la forme d’un visage grimaçant qui te gifle le visage en criant d’une voix tonitruante que tu es faible et que tu n’arriveras jamais à la destination voulue. Des visages te regardent derrière leurs masques affreux, certains tu les connais, d’autres pas, tu les croyais amis, ils deviennent maintenant des formes diffuses qui te saisissent dans leurs griffes acérées. Malgré tes forces qui déclinent, tu transportes des cailloux de plus en plus lourds car tu ne trouves plus de petits galets élégants. Avec tes mains qui ne sont pas habituées à gratter la terre, tu laboures le sol, tu dissèques ton âme et les cailloux grossissent, tu ne sais plus comment les transporter, tu n’as plus la force de les jeter derrière toi. Ils pèsent sur ton âme, sur ton corps menu et sur ton esprit enflammé. Ce sont des fantômes, des formes vaporeuses de pierre, des visages erratiques qui te jugent et t’enfoncent leur dague froide au plus profond de tes entrailles apeurées. Mais on t’a dit de continuer à avancer, coûte que coûte, alors tu mets un pas devant l’autre, utilisant toute ton énergie dans ce mouvement sans fin qui t’aspire peu à peu dans des gouffres ultimes. Toujours plus chargé de peines et de regrets, tu ne sais plus s’il vaut la peine de tout garder, de tout porter.
Immondes blocs de pierre qui pèsent maintenant au fond de tes poches, sur ta conscience et sur tes épaules fragiles. Cœur de pierre.
Alors que tu trébuches et que tu croules sous ton fardeau, écoeuré de la marche du monde, des amis qui se détournent et te jettent eux-mêmes leurs propres cailloux, tu t’écroules, lentement, t’enfonçant dans la terre meuble autour de toi qui voudrait bien t’enfermer à jamais dans son cercueil de vers.
Et dans cette tempête tu entends soudain une voix qui prononce ton nom, comme le prononçait ta mère sur ton berceau, avec délicatesse et tendresse. Et ce doux murmure te susurre qu’il est temps que tu arrêtes, que tu déposes les armes et que tu prennes le temps de regarder non plus seulement le chemin caillouteux mais tous les visages aimés qui te regardent et de contempler aussi le paysage qui t’entoure. Alors tu lèves tes yeux remplis de larmes et là-haut dans le ciel, tu vois de majestueux nuages blancs, effilochés ou tout gonflés d’aise, dansant une valse de coton, légers et gambadants. Et au-dessous des nuages, tu aperçois de belles montagnes, hautes et fières, solides, portant sur leurs épaules altières les neiges des premiers hivers du monde. Tu entrevois de belles vallées profondes, avec des villages adorables, tout de bois et de pierres vêtus et dans leurs demeures, tu fixes avec tendresse ces êtres qui te parlent de la vie, simple et douce et qui t’invitent à revenir dans le foyer chéri. Tu regardes également la mer, bien au loin, tout là-bas à l’horizon et sur sa cape grise et bleue, de petits bateaux élégants et fuselés t’invitent de leurs douces mains de bois à prendre le large pour voir le vaste monde qui tu ne connais pas encore.

Alors tu t’arrêtes, tu tombes à genoux, éreinté et épuisé, ne voulant plus entendre le glas de l’existence et la pendule qui scande ton nom pour le fixer à jamais sur la liste des corps perdus de l’humanité, petite chose parmi tant d’autres. Et tu pleures amèrement, doucement au début puis avec des cris déchirants qui s’échappent de ta poitrine concassée. Et n’en pouvant plus, tu vomis tous les cailloux, tu les jettes hors de toi, hors de tes cachettes enfouies au plus profond de ton être. Les cailloux s’écrasent alors dans un bruit furieux de bêtes blessées dans le fond de tes larmes et avec toutes les larmes que tu laisses couler jusqu’à terre, tu crées un ruisseau, une rivière de sel, un lac, un océan sans fin. Et là, relevant tes yeux rougis, tu revois les gens que tu aimes, les mêmes montagnes, la même verte vallée avec ses bâtisses de bois et tous ces visages accueillants et ces mains qui se tendent vers toi. Et tu comprends que où que tu ailles sur cette planète de pierre, il y a des moments de profonds découragements où chacun rejette ses cailloux qui lui labourent les chairs et s’assied pour pleurer. Mais tu perçois soudain que dans ces moments-là, derrière les larmes, derrière le torrent de tes pourquoi, ce que tu avais oublié c’est qu’il y a toujours des gens qui naviguent dans les creux de ta mémoire, avec leurs cœurs et leurs mains gaillardes et rugueuses habituées aux travaux de l’amour et l’amitié.
Alors tu sèches tes larmes, tu trempes les mains dans l’eau vivifiante, tu secoues tous tes pores de souffrance et tu te relèves, gaillardement, essuyant les rigoles sur ton visage. Et là, léger et vaporeux, tu t’élances vers la sérenité de cet univers douillet.
« Tu », c’est toi mon ami, mon amie, tous ces individus fantomatiques qui traversent le temps, labourent le chemin, trébuchent, tombent et se relèvent pour continuer sans fin, jusqu’au bout de leurs larmes. Ne reste pas un cœur de pierre face à leurs souffrances.

© Delphinium Octobre 2008

15 octobre 2008

Le miracle de la vie



Les gens passent. Et repassent. Lèvent les yeux tout là-haut, se recueillent un instant, puis repartent, rassurés. Elles sont toujours là, altières dans leur beauté, si lointaines et pourtant si proches. Vous les marins, vous savez que la mer change sans cesse. Nous les montagnards du fond de cette vallée, nous savons que chaque jour, les couleurs que la nature dépose sur les Dents-du-Midi changent, irrémédiablement. Et leur décor aussi, comme un écrin qui enserre ces joyaux.
Le miracle de l’automne. « L’été indien, une saison qui n’existe que dans le Nord de l’Amérique » chantait Joe Dassin. Mais il n’était pas venu chez moi car il aurait vu et aurait écrit d’autres paroles pour une autre chanson.
La chanson de la terre, des forces de la nature, des cailloux rugueux, des couleurs flamboyantes, des cœurs sauvages. Comme celui qui bat, là, tout au fond, avec force et rage. Avec feu.

Il y a le feu dans cet arbre et pourtant, quand toutes ses feuilles seront tombées, brûlées par le froid, quand la neige sera descendue plus bas que bas, l’arbre en feu ne se consumera pas complètement, l’année prochaine, il reprendra vie.

Je vous offre encore ces sommets, car c’est près d’eux que je flambe, que je rougeoie, que je brûle, que je me consume et que je reprends des forces. Au fil des saisons, au fil de ma vie.

Le miracle de la vie…au rythme des saisons

© Delphinium Octobre 2008