
Il y a de cela quelques mois, Cergie m'a envoyé une de ses photos en me demandant si je voulais l'utiliser pour illustrer un de mes textes. C'est chose faite aujourd'hui. Je la remercie pour cette collaboration.
Cher Ami,
Je t’écris, je n’arrive plus à parler. Ma bouche est sèche de mes cris d’angoisse. Je crois que je n’ai même plus l’envie de m’enfuir ou de rêver d’autres rivages, d’autres terres colorées, emplies de senteurs subtiles et de parfums enivrants. Mes forces s’épuisent petit à petit entre ces quatre murs, qui parfois n’en forment plus qu’un que je suis incapable de franchir. Il y a des jours où je crois que ma démence va me tuer, d’un coup de sabre rageur. Il y a des minutes où je me vois m’effondrer lentement, dans un dégagement de poussières infimes qui ne formeront qu’un tas disgracié en touchant ce parterre si bas. Et je désire ardemment que cette folie me tue comme elle en a tués d’autres que moi. La douleur, c’est bien quand on peut l’interrompre, quand on peut l’apprivoiser, quand on sait exactement de quoi on souffre et comment on peut le soigner. Hélas mon ami, bien que bénéfique pour l’élévation de l’âme, si cette douleur s’installe là, tout près, tapie dans la pénombre, elle devient comme la pourriture, filante et irréelle, avec une odeur acre qui usurpe l’air dans les poumons et envahit la bouche d’un goût amer. Je souffre de cette douleur et je ne sais pas comment la dompter. Toute cette vie dehors, et maintenant cet enfermement dans ce lieu si sombre, annihilent ma personnalité et me font oublier qui je suis vraiment.
D’ailleurs, pour les vivants, je suis déjà mort au fond de ce trou. Je n’existe plus, je ne suis que l’ombre de mon ombre, négation de ma naissance et de mon existence sur cette terre. Le nom qu’on m’avait donné en des temps immémoriaux où j’étais encore quelqu’un aux yeux des autres, un nourrisson promis à un brillant avenir, ce prénom qui habille tout être humain, n’est finalement devenu qu’un surnom sur ma carapace, comme un qualificatif sans forme et sans résonance. Je suis devenu « le fou du fond du couloir », le numéro 666, monstre bestial et meurtrier qui évolue dans ces bas-fond de turpitude. Et la négation de moi-même, par l’affirmation de mon évanescence, va me conduire irrévocablement dans le monde des disparus, tôt ou tard.
Et là, au-dehors, au travers des murs opaques, j’aperçois cette lueur qui m’attire inexorablement, vers la plénitude de ma non-existence, fantôme parmi les morts, même pas encore détruit que déjà oublié pour le commun des mortels qui m’entourent. Dégoût et lassitude sont devenus mon lot quotidien et je m’enferme peu à peu dans la prison de ma prison, réceptacle de ce corps calciné par les blessures que l’on m’a infligées.
Il n’y a plus d’espoir, je sais que je dois le faire, pour ne pas continuer à sentir ces remords qui m’arrachent des cris de douleur dans mes cauchemars. Cette trahison dont je ne suis pas responsable, ces crimes que je n’ai pas commis mais qu’on m’impute pour soulager la conscience des coupables broient ma lucidité qui n’est plus que déliquescence de mon être suprême. On m’a enfermé pour laisser les autres en liberté, on me dit fou pour que les autres ne saisissent pas leur propre folie et la justice des humains n’est que le bras amer de la puissance des vivants qui gouvernent ce monde… de fous.
Il n’y a plus de rêves, il n’y a plus ces montagnes de couleurs que j’essayais d’imaginer dans mes espoirs les plus chers. Je voulais sortir de ce trou et on m’a barré ma libération avec des traitements qui ont fini par taire mes aspirations. Je sens que peu à peu, je m’enfonce dans cette terre meuble et le peu d’intelligence qui me reste sera anéanti par les médicaments qu’on m’administre. J’ai fini par croire que je pense trop et j’aspire peut-être, enfin, à devenir cette bête que l’on croit que je suis, ce monstre de haine que l’on brandit sans cesse au-dessus de ma couche. Cette pensée, il est vrai, me fait approcher peu à peu du sentiment de non-compréhension de ce qui m’entoure. Je vomirai peu à peu cette conscience qui me fait encore entrevoir une onde de lumière dans le fond de ces entrailles.
C’est la dernière fois que je t’écris car la folie que l’on m’impute me tue lentement. Comme homme, on peut mourir à toute heure, à toute minute, par accident, par volonté et il n’y a rien qui peut empêcher cette mortalité. C’est un cheminement fatal et la révélation du néant qui suivra s’est attachée à mon enveloppe comme pour m’habiller de frasques pour mon dernier voyage. Mais je suis encore pour l’instant emprisonné en moi, dans les murs de mes chairs, mon corps est mon carcan.
Mon ami, il y a des jours où je vois cette masse sombre s’éclairer de quelques lueurs. Si seulement je pouvais sortir de cet enfer, si je pouvais m’enlever ces chaînes invisibles que l’on met sur mes poignets. Si je pouvais faire un procès à cet aréopage de savants plus fous que moi. M’élever au-delà de ces murs de poussière et rejoindre le peu de chaleur que le soleil peut encore accorder à cette terre avant son coucher définitif, tué par des hommes avides de commander la lumière. Mais ces visages méphitiques qui enfoncent tous les jours des aiguilles dans mon bras pantelant m’inondent de traitement de poisons éternels, culmination de la science humaine qui croit gouverner un monde qui s’impose pourtant tout seul.
J’ai envie de crever et je ne t’écrirai plus. Je sais que de toutes façons tu n’existes que dans ma conscience, celle qui me fait croire que je suis encore un homme et non une bête féroce. Tu n’as d’ailleurs jamais répondu et tous ces feuillets que je remplis de hiéroglyphes illisibles pour le commun des mortels continueront à s’empiler sur les montagnes de déchets de la servitude humaine. Et pourtant mon Ami, si tu savais comme j’aimerais traverser ces murs de sombres traits qui strient mes yeux, ma tête et mon corps, afin de retrouver la chaleur de tes bras et la lumière diffuse du lever du jour. Si tu savais mon Ami…
Numéro 666
Ce texte est dédié à toutes celles et tous ceux qui vivent un enfermement, de quelque sorte qu'il soit, aussi bien dans des prisons, dans des maisons de retraite, dans des hôpitaux, ou alors dans la simple prison de leur existence. L'enfermement peut devenir, parfois, une sorte d'enfer(mement) pour celle ou celui qui le vit. Je l'ai vu dans les yeux d'une personne chère, il y a de cela quelques années. J'en garderai à jamais une blessure au fond de moi.
De par mon travail, je suis amenée, ces jours-ci, à œuvrer dans des prisons. La détresse y est grande...J'ai tenté de l'exprimer ici.
65 commentaires:
bon je repasserai car là il faut que j'aille m'enfermer pour la journée moi aussi.
j'ai repondu chez miss cergie et je suis un gros faignant...suivre la fleche --->
Effectivement Olivier est une fainéant...
:-)
Pour celles et ceux qui passent ici, je remercie encore Cergie de cette collaboration. Cela faisait un moment que j'avais cette photo sur mon bureau d'ordinateur. Elle m'a inspirée au début et ensuite, j'ai bloqué dessus pendant des semaines. Plusieurs fois, j'ai voulu écrire et je n'arrivais pas, les mots ne sortaient pas. Il faut dire que cet hiver a été long, dans tous les sens du terme et que l'inspiration n'était pas au rendez-vous. Et puis, petit à petit, les mots sont revenus, d'eux-mêmes, là, tout au fond. Des mots sur des réalités dures, âpres. Des réalités que nous pouvons vivre, chacun d'entre nous. De façon différente.
La photo m'a portée, je l'ai regardée maintes fois, pour m'en imprégner, pour comprendre ce que j'avais au fond de moi et comment je devais faire pour l'exprimer.
Pour l'instant, j'ai la sensation d'un "devoir accompli", de quelque chose que je devais faire, d'avoir été la voix de beaucoup qui se taisent.
Merci Cergie de m'avoir inspiré tout cela, et même plus encore.
La photo est bien dans le ton de ce blog, non ? Elle a un pelage assorti au nounours fétiche.
Ah ! Pardon ! Bonjour Delphinium !
Ce texte a valeur universelle, comme tu dis chacun peut l'interpréter à l'aune de son vêcu ou de sa vie actuelle. L'enfermement peut être intellectuel, culturel, lorsqu'on n'a pas la formation, l'éducation pour comprendre, ne sait pas lire, ne parle pas la langue du pays.
Il peut être génétique ou accidentel. Politique. Tout peut être vêcu comme un enfermement.
Je retiens surtout en ce message cette volonté de communication, cette invention d'un ami virtuel à qui ouvrir son coeur. Car tout est plus facile lorsqu'on peut exposer ses soucis ; la liberté, l'ouverture peut venir d'un ami du dehors. D'ailleurs...
Et lorsqu'on se retourne on se dit : oui j'ai pensé à Delphinium lorsque j'ai fait ces photos car je sentais que Delphinium les recevrait bien à ce moment là, je les ai faites car c'était aussi pour moi ce moment là. Et Delphinium est capable de tout, méfiez vous d'elle. Elle est une poètesse. Une photo la happe et elle la triture pour s'en emparer ! C'est une véritable diablesse de l'écriture !
Et en même temps Delphinium est un coeur fragile, une éponge à émotions...
Merci Delphinium de cette "collaboration" que tu as portée seule depuis tout ce temps.
Voilà un texte sur lequel on aura du mal à délirer tout de suite !
Te connaissant un petit peu et sachant un peu de tes activités professionnelles, en face d’une telle photo, je suis pas étonné de sujet de ta lettre si admirablement écrite mais qu’on souhaiterait ne jamais avoir à recevoir, de personne, ami ou non.
Je ne pense pas uniquement aux prisonniers, au « fous », mais en ce moment surtout au vieux qu’on enferme aussi sous prétexte de soins adaptés.
J’aimerai pouvoir t’envoyer une photo qui t’inspire un jour un texte optimiste ! La vie a ces cotés noires, mais aussi de lumière que sur la photo ici on devine à peine. Mais, tu as des photos comme ça dans tes archives, et des fois on peut les voir! Heureusement! Bises!
Je ne fais que passer, je suis occupée comme d'hab ce lundi matin, mais je reviendrai plus tard - ou j'irai commenter chez Cergie! Bises.
Merci Delphinium pour très beau texte, écrit avec les tripes.
C'est vrai, chacun peut en faire sa lecture. Intimiste ou "sociale"., individuelle ou universelle, sombre ou tournée vers la lueur...
Comme l'exprime cette lettre, il y a l'enfermement intérieur et l'enfermement par les autres, la folie intérieure et la folie du monde...
Le peu que j'ai entrevu de gouffre me laisse penser que le "fou" (celui que nous appelons fou)est celui qui est enfermé en lui-même. Prisonnier de l'indicible. Il est celui qui ne peut plus être entendu. L'égaré. Celui qui s'est coupé de la douleur d'être au monde et à qui le monde refusera, en retour, ce qu'il peut avoir de douceur.
Si nous savions accueillir cette part de l'autre, serait-ce choisir les ténèbres ou la lumière ?
Delphinium, on réagit (je réagis) souvent avec l’âme et le sentiment du moment. Ce texte, si beau, ne pouvait venir plus à point devant mes yeux pour illustrer par des mots la vie bouleversante de : Ramon « The sea inside » d’Alejandro Amenabar découvert hier, de Jean-Dominique « The diving bell and the butterfly » de Julian Schnabel ou de Rodriguez, l’ami d’un de nos enfants. Merci.
Ce que tu dis du nom est intéresssant, il est donné par les parents, ou du moins la personne qui vous a "reconnu" et est fondateur. Parfois on en change, parfois on le refuse, il vous définit comme étant un, unique, singuliers. Un n° ? Non. Il ne nomme pas une personne, il l'inventorie.
Très très, beau et magnifique texte
Du talent brut et ciselé
Amities
>bergson: tu reviens? :-)
>olivier: je ne sais pas si je vais me remettre du fait que j'ai dû suivre une flèche. :-)
>cergie: oui tu as raison. Le nounours fétiche est très content.
>cergie: avoir un ami pour parler, c'est tellement précieux. Plusieurs fois dans ma vie j'ai ressenti comme une grande chance d'avoir des amis sur lesquels je peux compter. Et ils le savent et savent aussi qu'ils peuvent compter sur moi. Raconter ses souffrances mais aussi ses joies, c'est important. Ceux qui sont seuls ont, en plus de leurs souffrances habituelles, la souffrance liée à la solitude.
>cergie: la photo était belle, il fallait s'en imprégner pour l'illustrer, j'avoue que j'ai eu de la peine. Beaucoup de peine à écrire ce texte. Mais je suis contente de notre collaboration.
>peter: c'est vrai, recevoir une telle lettre serait une grande peine. Je comprends aussi ce que tu ressens quand tu parles de nos personnes âgées que l'on met en maison de retraite. Notre société est ainsi. Hier soir, j'ai justement vu un reportage qui parlait des maltraitances dans les maisons de retraite. Il y règne tellement de détresse mais aussi des choses belles, il ne faut pas l'oublier. Comme tu le dis, la vie a ses côtés sombres mais aussi des côtés lumineux. Merci du passage mon grand.
>hpy: je vous attends de pied ferme.
>ceciel: merci pour ce beau commentaire. Je le laisse résonner. Entre l'ombre et la lumière.
>therese: The sea inside. Une mer intérieure, qui peut tout emporter, les mauvais souvenirs, les mauvaises expériences. Un scaphandre qui enferme tout et un papillon qui s'envole. L'espoir qui continue à régner, malgré tout. N'est-ce pas?
>cergie: J'aime le terme "inventorier". Car dedans, il y a le mot "invention". En donnant un nom et un prénom, on invente en quelque sorte une personne.
>patrick: merci...
C'est un très bon article, j'ai un frère dans une résidence, suite à un traumatisme cranien et il vit se repli sur lui-même cet enfermement.
Bon je repassais voir si ça débloguer un peu mais ton texte et sans doute trop prenant.
Il faut dire que pour un lundi matin on attendait un peu d'enthousiasme, d'entrain et de sourire devant cette longue semaine de 4 jours et oui on recommence.
En mai on fait se qui nous plait !!
>solange: quelqu'un de sa famille qui souffre ainsi, on se sent démuni, on ne sait comment faire. Espérer... merci de votre passage depuis l'autre côté de l'océan.
>bergson: ben en Suisse la semaine est de 5 jours, comme d'habitude.
Bien qu'un peu folle sur les bords, je suis bien heureuse d'être encore dehors. Mais y suis-je vraiment ou est-ce seulement une impression?
>hpy: je ne me prononcerai pas sur votre cas...
D'autres ont essayé de me guérir avant vous, ils ont abandonné, vite, très vite. Même moi, j'ai essayé. J'ai l'impression d'avoir réussi, mais c'est peut-être seulement une image que je me fais. Et quand je dit "réussi", ce n'est pas à 100%, mais juste un petit pas pour l'humanité. (Je ferais mieux de commencer à travailler...)
Emue.
Bouleversée, même.
La photo colle bien au texte, belle, mystérieuse et profonde.
On peut y voir un dernier rayon emberlificoté dans une toile d'araignée aux stries inextricables.
Quant au texte, j'en suis encore sous le choc. Delphinium, tu sais nous prendre aux tripes et en même temps nous donner à réfléchir.
Tu parles à la fois à notre corps, à notre coeur et à notre tête. C'est impressionnant.
Bravo à Cergie et à toi pour cette collaboration qui vous a donné l'une et l'autre l'occasion de sortir de vous-même des choses belles et puissantes, et de conforter une relation d'amitié.
C'est drôle cette photo ressemble à une que j'ai faite d'un coucuer de soleil au tavers de ma haie de thuyas.
Je rejoins Peter, ça va être dur de délirer après un sujet pareil.
Ton texte est d'une grande beauté.
En ce moment je vais voir voir une amie qui est en fin de vie à l'hosto d'ici. Elle n'aspire qu'à partir vite d'un côté et pas de trop quand même d'un autre pour pouvoir revoir son petit-fils.
Je lui ai apporté du muguet de son jardin ainsi que des photos de ses arbustes en fleurs. Elle n'a que nous comme amis ici et sa seule famille habite près de Paris.
J'espère que j'illumine son enfermement.
Dans ma première vie, j'ai connu aussi un enfermement sur moi-même, dont heureusement, en la quittant, je l'ai quitté aussi.
>hpy: loin de moi l'idée de vous guérir...je ne suis pas médecin, heureusement.
>nathalie: merci pour ce commentaires. J'espère que les tripes n'ont pas été trop secouées quand même par ce texte. C'est vrai que cette collaboration avec cergie me fait très plaisir. On se complète bien, je trouve. Le texte est peut-être un peu sombre pour certaines et certains. Mais je crois qu'il y a des gens qui vivent exactement ce que j'ai écrit et qu'il ne faut donc pas oublier. Merci pour le passage et bises
>claude: il est difficile d'aller rendre visite à des proches qui sont dans des EMS, dans des hôpitaux ou ailleurs. On se sent parfois tellement démuni devant leur souffrance, on essaie de dire des choses positives mais il y a la culpabilité. Celle que l'on ressent quand on les quitte et qu'on les laisse seuls face à eux-mêmes. Mais rendre visite à quelqu'un fait repousser les barrières de la solitude et c'est important cela. Je t'embrasse
Merci de ton passage chez moi.
Le fin approche pour mon amie. Je suis passée la voir hier après le boulot. Elle s'attend à s'en aller avabt de pouvoir revoir son fils qui doit revenir pour le WE prochain. J'ai vu le docteur qui la suit. C'est effectivement pour bientôt. Elle était contente que je vienne la voir, Je lui ai dit que j'y retournerais demain, mais elle m'a dit si je suis encore là.
Je t'embrasse aussi.
C'est un beau cadeau à l'autre de se plonger ainsi dans son image: une image qui lui est chère, qui lui est significative et en extraire un sens.
De passer l'image au crible de son intuition, de sa compassion, de son talent.
De libérer ce soleil en souffrance de tous les non-dits perçus, imaginés de l'autre, de l'homme, de la femme.
D'ouvrir les yeux de l'indifférence: la souffrance de l'autre est aussi la notre.
Merci Delphinium pour ce beau texte !!!
Tu n'as jamais eu l'idée d'écrire un livre ou peut-être est-ce déjà fait.
Delphie, j'ai beaucoup pensé à ton texte depuis hier. Un texte dont on ne se défait pas facilement.
Merci d'être ce que tu es.
>claude: sa fin de vie est éclairée par ta présence et tu adoucis ses derniers instants. Comme un rayon de soleil. N'oublie pas cela, malgré ta tristesse. Je t'embrasse
>fifi: merci pour le passage. C'est vrai que donner une photo à quelqu'un c'est comme un cadeau. Cergie m'a fait un beau cadeau et je l'en remercie encore. C'est une collaboration fructueuse et intense.
>claude: je n'ai pas encore écrit de livre, mais l'idée germe peu à peu. Seulement, je n'ai pas beaucoup de temps et le monde de l'édition est un monde de requin. Cela me retient un peu mais je devrais me lancer. N'est-ce pas?
>nathalie: ben c'est gentil ce que tu écris là. Tant mieux si le texte fait réfléchir, j'espère que toutes ces réactions feront que nous n'oublierons pas tous les gens qui sont enfermés. En tous les cas, je suis heureuse de voir les réactions ici, cela m'encourage aussi à reprendre l'écriture que j'avais mise un peu de côté ces derniers mois.
Oui tu devrais te lancer à écrire, Patrick l'a bien fait... Et puis il a publié.
Est ce un homme ou une femme qui écrit ? Je suis interpellée parcequ'il (zlle) clame son innocence, son irresponsabilité dans son enfermement. Cela me fait penser à ces personnes soumises à l'isolement, comme Geneviève De Gaulle-Anthonioz au camp de Ravensbrück, ou d'autres prisonniers politiques (Malika Oufkir prisonnière des geôles d'Hassan II), ou d'autres sur leur ile comme Robinson.
Il me semble que Geneviève De Gaulle-Anthonioz regardait évoluer un cafard. Robinson s'est organisé, s'est donné des règles de vie strictes. Il faudrait avoir la force d'élaborer des stratégies.
Le comble de la solitude est de ne compter pour personne, de n'exister ou non exister pour personne. Le comble de la solitude est de vivre dans l'indifférence car la haine reconnait tout de même une existence.
Tu ne trouves jamais de trèfle à quatre feuilles non plus ?
Tu n'effeuilles jamais la marguerite, ne suce le petit bout sucré de la fleur de trèfle, ne souffle sur le brin d'herbe pour le faire chanter, sur une aigrette de pissenlit pour semer à tous vents ? Ne caresse la tête du chat ? Des gestes inutiles et tant agréables et apaisants.
Bonne fin de journée et bon demain, Delphinium ; je te fais un gros bisou....
Bravo ! Il y a un réservoir en effet sur ma photo et Miss Normandie n'en a rien vu.
AHAHA !
Et il n'y a pas qu'elle qu'a droit de mettre des réservoirs ou des chats ou des faisans !
Au château on y danse et on y fait la fête....
Tu sais ce que j'ai lu ? Parait que de blogguer cela apaise, c'est pareil que de regarder des poissons rouges ENFERMES et tournant en rond dans leur bocal, d'ailleurs on met souvent des poissons dans leur aquarium dans les hôpitaux ou les maisons de retraite...
Qui méritent pas leur nom car j'en connais plein moi des retraités et toi aussi et ils ne sont jamais chez eux.
Il parait que les bloggueurs sont tous névrosés, et ça je veux bien le croire, je crois qu'on a tous un grain, qu'on est tous syphonnés plus ou moins, nous les fous du clavier.
Allez, y a pas que le clavier dans la vie y a aussi le tricot. La fille de ma copine a eu son bébé avec deux semaines d'avance et il pèse 3kgs750; moi qui suis en train de lui tricoter un gilet taille six mois ! Ce sera tout juste lorsqu'elle sortira de la mat. Y a plus de bébés !
Chat-lu !
Heureusement qu'il avait deux semaines d'avance le bébé, Cergie, sinon c'était la taille un an pour le gilet
:-)))
C'est parce qu'on est tous syphonnés qu'on est des fous du clavier ??? Je veux dire qu'on essaie de se calmer en tapant sur les touches ?
:-)
je suis pas sur que le clavier calme le blogueur moye@═¢µ■@|#
Merde ça racommenc@#
>cergie: et qu'est-ce que patrick a publié? Ce peut être un homme ou une femme. On peut choisir. Je ne sais pas, parfois j'avais l'impression que c'était moi qui écrivais et d'autres fois je reprenais des choses que j'avais entendues, vécues par personnes interposées. Un savant mélange de vécu et de non-vécu. Une sorte d'alchimie. Comme beaucoup l'ont dit ici, il y a tout de sorte d'enfermement, de solitude. On les vit différemment. J'espère compter toujours pour quelqu'un, sur cette terre. Car comme tu le dis, le comble de la solitude c'est de comprendre que l'on n'est rien pour personne et donc peut-être rien pour nous-même. On dit souvent qu'il ne faut pas exister par les autres, mais les autres nous donnent du relief, d'une façon ou d'une autre. Comme disait Aristote, l'homme est un animal social. Il ne devrait pas vivre seul, il grandit lui-même mais aussi grâce aux autres.
>cergie: je ne ramasse jamais les trèfles. Par contre c'est vrai que je m'amuse avec les pissenlits, c'est rigolo. D'ailleurs je devrais faire cela demain sur mes collègues pendant la pause de midi. Blogguer apaise? je ne sais pas, parfois oui, parfois non. On bloggue peut-être pour sortir des choses de leur enfermement. Oui, c'est cela, sortir des choses de nous pour les faire partager aux autres.
Mais je ne me sens pas névrosée.
>fifi: je vais demander à cergie de me tricoter des chaussettes pour l'hiver. Mieux vaut taper sur des touches que de taper sur les autres...
>bergson: tu veux que je te sorte la tête du clavier, tu risques de t'y enfermer...
Oui, tu devrais, tu écris tellement bien.
Tu as raison, je suis le rayon de soleil de mon amie. Car du côté de son fils....
La meilleure conclusion – pour le moment – de ce post me semble être que tu as senti, par toi-même et par les encouragements – l’envie de reprendre l’écriture sérieusement … et de chercher la publication !
Pour le tricotage, les chaussettes me semble une bonne idée. La taille ne devrait poser un problème ; elle ne changera plus, n’est-ce pas ? 36, 37 ?
(De la part d’un retraité qui est chez lui aujourd’hui … mais pas demain.)
Je t'embrasse!
On écrit sans doute pour faire sortir des choses de soi-même. Pour se soulager, pour partager, pour plein de raisons différentes. Nous ne sommes pas tous identiques, nous avons chacun notre raison de faire ce que nous faisons, que ce soit vouloir écrire un livre et être publié(e), tout simplement bloguer, ou écrire sur des bouts de papiers qu'on enferme dans un tiroir. Ce que nous avons en commun, c'est de sortir des mots, en faire des phrases. Pour nous, ou pour les autres.
D'autres peuvent photographier des réservoirs d'eau, je m'en fous! C'est comme les mots, d'autres peuvent s'en servir. Cela ne sera jamais la même chose.
>claude: le hic c'est qu'il faut vraiment avoir le temps d'écrire. Je passe déjà mes journées à écrire des rapports, c'est vrai que le soir, j'ai pas envie de recommencer. C'est pas toujours évident...
>peter: écrire oui, la publication on verra. Une chose est sûre, on ne peut pas arriver chez un éditeur avec un texte de 10 pages, ce n'est pas suffisant.
>hpy: on pourrait peut-être écrire sur les murs? qu'est-ce que vous en pensez?
Je viens de lire:
"Deux détenus de la prison de Nice, dont l'un avait été condamné pour braquage et tentative de meurtre, se sont évadés mercredi soir d'un hôpital psychiatrique où ils avaient été internés. Les deux hommes, qui regardaient un match de football dans une salle de séjour de l'hôpital Saint-Marie à Nice, ont profité d'une porte restée ouverte par inadvertance pour se rendre dans la cour de l'hôpital. Ils ont pris une table de ping pong, l'ont placée contre un mur, ont mis une chaise sur la table et ont sauté par dessus le mur.
Les deux hommes, qui avaient été hospitalisés d'office, sont considérés comme dangereux en raison des troubles psychiatriques dont ils sont affectés. Des recherches ont aussitôt été lancées, aussi bien en zone police qu'en zone gendarmerie, précise-t-on de source préfectorale."
Est-ce que les détenus lisent les blogs?
Et tenir la main de quelqu'un en fin de vie est un grand privilège des deux côtés.
Delphinium vous nous avez secoué (dans le bon sens) avec ce texte.
>therese: moi ça m'a secouee de l'écrire. Peut-être qu'un blog n'est pas toujours le bon moyen pour publier ce genre de texte, trop lourd, trop pesant. Je me pose toujours des tas de questions lorsque je publie. Je me pose des tas de questions quand je commente. J'essaierai, pour le prochain texte, de faire quelque chose de plus léger. Bises
Itou je me pose des tas de questions quand je commente.
Je voulais faire léger et pas me la péter avec cette histoire de château. J'ai été heureuse que tu le remarques et j'ai aimé ton jeu de mots...
Bisous.
Merci pour ton texte qui nous a donné envie de sauter comme des balles de ping pong.
Nous serons ce week end en Suisse si tout va bien prépare nous 2 cornets de glace en terrasse une franboise citron et un pistache vanille
Il y a bien des façons d'être enfermé, y compris en s'enfermant soi-même. J'avoue réserver mon empathie aux victimes plutôt qu'aux coupables tout en sachant bien que la prison, comme disait Dickens (qui y a passé une partie de son enfance) est une peine "mal proportionnée" : trop dure pour certains et trop douce pour d'autres.
>cergie: et si on se posait moins de questions? :-) Tu crois que c'est possible?
>les deux niçois: allez ouste, on ne mange pas de glace en Suisse. Il fait encore trop froid. :-)))
>alain: c'est sûr, penser d'abord aux victimes avant de penser aux coupables. Mais parfois les coupables peuvent aussi être considérés un peu comme des victimes. Je n'excuse rien, je constate. Je regardais encore cette semaine un reportage sur les prisons françaises. C'était intéressant parce que la journaliste ne partait pas du point de vue des détenus mais de celui des gardiens qui font un boulot incroyable dans des conditions épouvantables. La prison est un enfermement pour les détenus mais aussi pour toutes celles et ceux qui y travaillent. Merci du passage. Et pour la citation de Dickens.
"drogue sexe et rock'n roll" Malheureusement en ce moment que Rock'n roll ;o)) (remarque je suis pas trop drogue )
"les coupables peuvent aussi être considérés un peu comme des victimes": j'en suis persuadée.
"Nul n'est méchant volontairement"
selon Socrate. Vaste et difficile question.
Il y a des orages toute la journée ici, J'éteins l'ordinateur à tout bout de champ..
:-)
Bonne soirée, Delphinium !
>olivier: rock n'roll? c'est déjà pas mal. Pour ceux qui ne suivent pas, RDV sur le blog de notre Olivier, cf mon commentaire sur le post de hier.
>fifi: ici l'orage menace depuis cet après-midi mais rien encore pour l'instant. Socrate était un grand bonhomme. Je suis souvent d'accord avec lui. :-)
Bon WE!
Hier après midi je me suis enfermée dehors pour jardiner. Cela fait du bien, même si le soleil est venu sur le tard.
Ce tantôt, je vais sortir en ville faire qq courses pour m'enfermer dans ma cuisine, car je reçois ma cousine nanou que je ne vois pas souvent et qui est venue rendre visite à mes parents, qui sont un peu les siens (l'histoire serait trop longues à raconter). Tous les matins je me renferme dans le bureau à l'étage pour "ordinater".
J'ai de longues "conversations" avec Thérèse par mails au sujet de l'enfermement de mon amie, graâce à ton blog.
Fais nous qq chose de plus drôle la prochaine fois.
Je t'embrasse.
Puisque l'ami Alain l'a dit, je persiste et dis qu'on ne pense pas assez aux victimes. On ne pense ni à la jeune femme violée, ni à sa mère qui voit la vie de sa fille changer de tout au tout, et qui se sent incapable de faire quoi que ce soit pour l'aider. On ne pense pas au jeune homme qui est monté à coté d'un copain qui n'avait pas de permis, qui conduisait drogué, et qui s'en est sorti, mais couché - ou assis - à vie. On ne pense pas à ses parents, ses frères et soeurs, qui n'ont rien demandé pour avoir la responsabilité d'un légume à vie.
Mais on fait des livres et des films sur les voyous (Papillon, Mesrine et plein d'autres), on ne se rappelle que leurs "bons" cotés, car cela rapporte plus gros.
Oh là là! après une semaine malade ce n'est pas fait pour remonter le moral,il n'a pas besoin d'être en prison pour être isolé, nous vivons dans un monde d'indifférence.Quant aux prisonniers, personne ne les a obligés à aller ou ils sont, ils ont, pour certains, un sort bien trop doux par rapport à leur crime.
Bonne semaine malgré tout.
je ne crois pas avoir défendu les coupables dans ce texte, je tiens à le préciser. J'ai simplement voulu dénoncer certais états d'esprit que chacun d'entre nous peut connaître. Il n'y a pas besoin d'être en prison pour ressentir ce que j'ai décrit.
Mon amie n'est plus enfermée.
Avec vous en pensées, Claude.
C'est vrai, on peut être enfermé sans être en prison. On peut être enfermé dans des idées préconçues déjà. On peut être enfermé chez "les vieux", chez les malades, dans une guérite de péage sur l'autoroute en France, et souvent quand on est enfermé, on n'est pas content, on voudrait être ailleurs. C'est peut-être cela, le pire, de l'enfermement, de ne pas pouvoir aller où on veut, quand on veut. Heureusement on peut laisser vagabonder ses pensées pendant qu'on est enfermé. Ainsi on peut être à deux places différentes en même temps, peut-être même à trois ou quatre, si on pense vite assez.
Moi par exemple, là, je suis enfermée au boulot, et en même temps je suis en Suisse, en train de philosopher/divaguer sur le don d'ubiquité.
Un blog est une bonne rampe de lancement...
J'aimerais savoir trouver les mots justes pour vous encourager a l'ecriture...pour effacer les doutes que vous avez a chaque fois que vous appuyez sur la touche "Publish"...
PARCEQUE chaque fois que vous nous faites le cadeau d'un texte
c'est un peu comme si nous etions des instruments de musique et vous savez toucher , faire vibrer toutes nos cordes...
meme celles que nous ne pensions pas posseder!!
Une petite brise printanniere qui vient souffler dans la montagne a travers l'Ocean!!
Encore moi!
Il me semble avoir lu que vous aviez besoin d'un peu de couleurs pour chamarrer la grisaille du béton...
Je vous envoie un joli petit arc en ciel New Yorkais et vous choisissez dans le prisme les couleurs qui vous conviennent aujourd'hui..
Bises ensoleillées.
Ciao!
Delphinium,
Il est tout plein d'intelligence et de sensibilité ce texte. Il y a encore plus de matières entre les lignes qu'au milieu des mots.
J'ai reçu cette année un ancien professeur de collège qui a longtemps été aumônier de prison. Il a écrit un livre: Le journal d'un curé de prison. Quand on termine la lecture du livre, on ne voit plus jamais les prisonniers de la même façon. Plusieurs sont des êtres humains et sensibles avec beaucoup plus d'ouverture que l'on pourrait croire. Leur carapace gagne souvent à être percée. On voit bien que tu as toute la sensibilité pour le faire. Et je te dis: bravo!
Ceci étant dit, je suis d'accord avec le jugement de plusieurs: les victimes sont les plus grands oubliés de nos systèmes de justice.
bonjour à toutes et tous, je vais "m'enfermer" ce matin en prison, une grande prison au milieu de la plaine. Quand je reviendrai, je répondrai à tout le monde sur mon blog. Bises
@ Ceciel
MERCI §
@ Delph
On t'attends de blog ferme !
Bisous.
tout d'abord merci à toutes celles et ceux qui ont laissé un commentaire ici sur ce post. Il y a des choses plus légères à lire que ce post-là mais il m'était nécessaire.
Chacun a pu lire comme il l'entendait, chacun a pu se faire les images qu'il voulait sur ces mots. Etre enfermé signifie tellement de choses.
hpy a bien dit que l'on peut être enfermé aussi en nous-mêmes. Pas besoin d'être dans un lieu fermé pour ne pas pouvoir s'échapper.
Merci aussi à marie-noyale pour ses encouragements. Ecrire, publier, se faire éditer. J'y pense, un jour peut-être.
Merci aussi à jackss pour son dernier message. Il parle d'aumônier de prison. J'ai travaillé dernièrement avec des aumôniers et des aumônières de prison. Parmi toutes les souffrances des détenus et des prévenus, chacun et chacune,de par son travail au quotidien, m'a dit l'enrichissement de pouvoir remettre sur les rails des hommes et des femmes qui ont commis des délits. On ne peut pas toujours comprendre les trajectoires de vie mais il faut s'efforcer de comprendre. Et aussi aider les victimes, bien sûr.
Delphinium,
J'ai bien aimé ton commentaire. Il y a là, dans les prisons, une richesse humaine qu'on ne peut imaginer.
Ce curé n'est plus aumônié de prison. Il l'a été 20 ans, je crois. Encore aujourd'hui, d'anciens prisonniers le contactent pour parler. Ils en ont besoin. Ce curé dont le charisme est très fort a servi beaucoup d'intermédiaire entre victimes et agresseurs pour acheminer le pardon de l'un à l'autre.
Il attirait les prisonniers en prison en leur disant que s'ils venaient le voir à son bureau, il leur donnerait des croix en or. Et ça marchait. Touchant, tout de même!
Aujourd'hui, je pense que ce serait défendu. Nous sommes maintenant dans une société civile où tout signe religieux est défendu. Et je le comprends dans le contexte actuel.
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