27 janvier 2009

La nacelle du bonheur


S’envoler

Toucher d’un doigt timide les cimes enneigées
Respirer avec volupté les particules libérées des angoisses d’ici-bas
Larguer les amarres le temps d’un vol, les yeux emplis des beautés célestes, accrochés aux parcelles de vent qui tourbillonnent au-dessus de la terre

Tellement de choses nous maintiennent si lourdement au sol. Des bouches méphitiques hurlant des nouvelles si sombres et des visages cireux en nombre qu’on en oublie que le soleil existe et que le bleu peut briller dans nos ciels. Et ces horloges qui scandent notre nom et nous rappellent si durement que bientôt peut-être ce sera notre tour de faire partie du lot des oubliés

Des pas de plomb, des rêves perdus, des désirs envolés

Arrêter les soupirs de ceux qui crient dans l’ombre
Oublier les regards noirs des déclassés de la crise
Débarrasser son esprit de la gangue des préjugés, n’entendant plus les suppliciés de notre société, séparé de la mort par un souffle vivant

S’envoler

Dans la nacelle du bonheur, avec des semelles de vent, transformer nos pas de plomb en espoir de vents meilleurs



© Delphinium Janvier 2009

20 janvier 2009

Plus près des cimes


Poète et vagabond, ami de la terre, enraciné dans son Valais, grand voyageur, écologiste avant l’heure, témoin passionné de l’histoire et des mutations de son canton, Maurice Chappaz vient de nous quitter à 92 ans.

Amis de la blogosphère, peut-être que vous n’avez jamais entendu parler de lui. Et pourtant. Il aurait mérité d’être reconnu comme écrivain à part entière dans une France parfois si hautaine envers nos écrivains suisses romands.
Aujourd’hui, nombres d’entre nous, Valaisannes et Valaisans, amis des lettres et de la poésie, nous regardons avec nostalgie cette nouvelle étoile qui brille au firmament, juste au-dessus de nos sommets enneigés.

Le Valais, mon canton, son canton, était son intarissable source d’inspiration, l’exemple d’une vie simple, en contact avec la nature, l’amour des cimes, l’amour de la terre. Enraciné dans cet espace si rude, Maurice Chappaz arrivait pourtant, avec ses écrits, à nous faire planer au-delà des turpitudes terrestres.
« Les Maquereaux des cimes blanches » (1976) a été son pamphlet politique, dénonçant avec ardeur et presque haine les marchands de la neige, le tourisme de masse, la spéculation immobilière, le bétonnage des Alpes. A cette époque, il était en avance sur son temps, à contre-courant de beaucoup de promoteurs et de politiques du moment, trop occupés à voir des montagnes d’argent ou lieu de sauvegarder les montagnes de leur quotidien.

Le béton dans les Alpes… Au fond de moi se terre cette volonté sourde de lutter toujours et toujours contre les projets pharaoniques que certains projettent dans nos vallées. Et la lutte est toujours d’actualité, sur ma terre d’origine qui m’a vue naître.

La poésie de Maurice Chappaz chantait le sol, les fruits, le soleil, la vigne et les montagnes. Son inspiration permanente jaillissait de l’eau qui s’écoule des glaciers et peut, comme par magie, transformer les pierres rugueuses en des myriades de mots gracieux. Maurice était l’amant de son Valais.
Tous les caractères de la condition humaine, la furie et la tendresse, la rébellion et le respect des traditions ancestrales, l’humilité du paysan mais sa fierté toute puissante étaient contenus dans ses écrits.
Maurice Chappaz, c’était l’écrivain des hauteurs, le gardien des cimes. Il savait atteindre l’inaccessible montagne.

Il faut être montagnard pour comprendre cet amour invincible qui nous rapproche des sommets, qui fait que le vent tempétueux souffle doucement sur nos visages graciés, qui nous fait aimer ses bourrasques de neige si glaciales en cette saison.

Je suis de là-haut, Maurice, comme toi. Mes montagnes, c’était les tiennes. Tu voyais surtout leurs pentes sud alors que moi je peux contempler les faces nord. Cet amour du sol, de la terre toute-puissante, je l’ai aussi hérité. Grâce à des hommes et des femmes comme toi, conscients de l’héritage à protéger et à chérir. Rejoins maintenant cette cime blanche pour ton dernier voyage et sois sûr que nous autres, montagnards au cœur sauvage qui restons encore ici-bas, nous continuerons à nous battre pour sauvegarder les paysages transmis comme patrimoine de l’humanité par les générations passées.


"Qu’est-ce qu’il y a d’impérissable en Valais ? Eh bien ! la lumière : celle si belle en février sur tous les coteaux, cette rose ardente vers le soir ou cette blancheur entre soie et flamme qui court sur les taches de neige dans le matin. Et puis elle est aussi dans les hommes, c’est le seul avenir auquel je crois, elle est la beauté même du présent (...)." (Maurice Chappaz, La haine du Passé, 1984)



Biographie sommaire :
Né en 1916, fils et neveu de notaire, Maurice Chappaz voit son avenir tout tracé une fois sa scolarité terminée. Il s'inscrit donc en premier lieu à la faculté de droit de Lausanne. Mais rapidement, il change de voie pour s'inscrire en lettres à l'université de Genève. Poète avant tout - son premier texte, 'Un homme qui vivait couché sur un banc', paraît en 1939 - Maurice Chappaz est un grand voyageur. Il n'a pas peur des distances et visite de lointains pays : Laponie (1968), Népal et Tibet (1970), Liban (1974), Chine (1981). .. En 1997, il obtient le plus prestigieux prix helvétique : le Grand Prix Schiller, ainsi qu'en France, la bourse Goncourt de la poésie. En 2001, son 'Evangile selon Judas' - récit mêlant théologie et fiction - paraît chez Gallimard et connaît un large succès. Il meurt le 15 janvier 2009 à Martigny.



Encore une chose: Bon vent Monsieur Barack Hussein Obama...



© Delphinium Janvier 2009

13 janvier 2009

Madame la G...

(L'invasion des microbes dans mon ciel bleu)

Elle arrive sans tambour ni trompette car elle est piètre musicienne.

On se sent un peu fatigué, un peu irascible, la tête un peu lourde, les membres un peu endoloris et on n'a envie de rien. On regarde les autres qui nous demandent comment ça va et on répond à moitié que ça va bien, qu'on n'a pas trop envie de recommencer à bosser après les vacances mais que voilà, il faut bien. Et puis on retourne dans son bureau. Et là, on sent une chose étrange qui se passe, qui envahit le corps. Le bureau, déjà envahi de courants d'air froid en temps ordinaire, se glace encore plus. On commence à greloter. Stoïque, on reste de marbre, on saisit la souris de son ordinateur, on tapote son clavier encore des heures et on fait comme si de rien n'était. Mais les tremblements s'intensifient et une douleur sourde dans la tête apparaît, qui bientôt empêche le bon fonctionnement des quelques neurones qui se baladent là au-dessus. Plusieurs quintes de toux manquent envoyer les poumons sur la moquette déjà crasseuse. C'est le signal du départ.

Alors on saisit ses affaires, puis dans une quinte de toux à faire peur à un pneumologue, on salue les quelques collègues compatissants (vraiment?) et on court sans conviction à la pharmacie non loin de chez soi. Là, on explique avec des lancées sordides dans la tête que notre toux sèche dure depuis quelque temps déjà mais qu'aujourd'hui, elle commence à devenir grasse. La vilaine... La dame en blouse blanche nous conseille un sirop, à prendre pendant six jours, trois fois par jour avec une petite dosette. On rentre alors chez soi en se disant que cela ira mieux demain et qu'on aura la force de reprendre le boulot, qui de toutes façons ne va pas se faire tout seul. Arrivé à la maison, on se change. On enfile des habits d'intérieur chauds, avec lesquels on n'ose pas sortir si ce n'est pour aller chercher le courrier (et encore en rasant les murs et en priant pour que le Dom Juan du troisième ne nous croise pas dans notre déguisement) et on met les plus grosses chaussettes que l'on peut trouver dans son tiroir. On a l'allure d'un yéti mais on s'en fout car on aime les yétis et on aime les poils. On allume la télévision et on se couche dans son grand lit en attendant que cela passe.

Mais cela ne passe pas. Au contraire. Les tremblements de froid s'intensifient alors que le chauffage est au maximum, les dents dansent la trignolette, la tête résonne de grandes clameurs, les membres se recroquevillent sous la couette. Le froid envahit tous les pores de la peau. Malgré les différentes couches et les grosses chaussettes, l'atmosphère devient glaciale et là, on comprend que l'on est foutu. L'abominable femme des neiges, la yéti suisse, va mourir sous les assauts des microbes. On se relève péniblement à intervalles réguliers pour aller aux toilettes, pour prendre l'affreux sirop contre la toux qui pourtant à la première gorgée avait paru bon. Sur l'étiquette il est marqué "à l'arôme d'abricot et fruits de la passion". Mais à force de ne boire que du sirop à l'abricot et aux fruits de la passion, on commence à détester les abricots et tous les fruits en général. On n'arrive rien à avaler d'autre, si ce n'est des petits comprimés blancs avec un peu d'eau et un peu de soupe qui heureusement traîne dans une casserole depuis le jour d'avant. On reste couché, des heures durant, des journées entières, la nuit se confond avec le jour, le sommeil vient et repart. On voit Laurence Ferrari qui nous parle en souriant de la Bande de Gaza (elle pourrait annoncer les pires horreurs qu'elle sourira toujours cette pétasse...), Jean-Pierre Pernaut qui nous raconte les 40 cm de neige à Marseille et qui nous présente les petits reportages sur la France profonde. On apprend qu'au lieu des 40 marchands habituels, aujourd'hui dans le petit village de je-ne-sais-plus-où, les habitants n'ont vu arriver qu'un seul marchand, un boucher, qui vend aux grand-mères du coin des pots-au-feu. Et là, devant la nourriture des étals, les grosses saucisses (non, je ne parle pas de la Laurence), les tripes à l'air et autres trucs merveilleux, on se surprend à avoir envie de vomir ses propres tripes tellement cela nous retourne l'estomac. Et Darius Rochebin sur la télévision suisse qui nous parle de la crise mondiale (ah bon, on est en crise?) et des pluies verglaçantes qui ont laissé les chaussées impraticables à Yverdon. Mais on a toujours froid, encore plus froid que les "moins je ne sais pas combien" dans ce petit village de France. Et pourtant, on a chaud en même temps, on aimerait enlever cette satanée couette qui commence à prendre des allures de torchon tirebouchonné. On sue, on transpire. Et surtout, on n'a jamais vu de yéti dans le désert saharien écrasé de chaleur et de soleil. Alors pourquoi on a si chaud? Les jours passent, on a moins froid mais on a perdu des kilos et on ne sait pas où les retrouver. Les amis s'inquiètent mais écrire un texto demande une telle énergie qu'on abandonne les grandes phrases et qu'on déclare simplement: "je suis malade, je vais crever". Mais on ne crève pas, ce n'est pas encore pour maintenant.

Un matin, on se lève avec moins de difficultés et on se surprend à avoir envie de ranger un peu ces multiples tablettes de médicaments qui traînent un peu partout. Certes, les mouvements sont ralentis, les membres sont encore endoloris mais on se sent un tout tout tout petit peu mieux. Le sirop est bientôt terminé, la toux est encore présente mais moins forte. Le nez par contre, a l'air de vouloir aussi s'y mettre, le dernier à faire la fête, à cracher partout et se boucher toutes les trente secondes. Le frigo, quant à lui, n'est pas bouché de nourriture, il est désespérément vide.

Aujourd'hui, on a repris le travail. Sans grande conviction, avec l'impression d'avoir pris un tsunami dans la gueule. On a enlevé les vêtements du yéti, on a revêtu les habits de travail et on ressemble à un tout petit truc tout maigre qui tient à peine debout sur ses deux pattes. Le nez est rouge à force de le caresser et d'en faire sortir toutes sortes de trucs innommables. La toux se fait plus mûre. La tête tient encore sur les épaules. Le visage est blême, les yeux sont encore brillants. On reprend donc vaillamment son bâton de pèlerin. On retrouve quelques collègues qui commencent à tousser, qui se mouchent et qui se plaignent d'avoir froid et on rigole sardoniquement en se disant qu'ils vont aussi crever comme on a nous aussi mouru pendant quelques jours.
Quelques kilos en moins et les joues creuses.
C'est pas grave, le patron attend. Lui n'est pas malade, pas encore...

Mesdames et Messieurs, j'ai vécu quelques jours en compagnie de Madame la Grippe.



© Delphinium Janvier 2009

05 janvier 2009

Le meilleur


On pourrait dire tellement de choses. Se dire que tout peut arriver, le meilleur, le bonheur. Le meilleur, meilleur que hier, que avant-hier et peut-être meilleur que demain.
Quand viendra le meilleur? Personne ne le sait et j'ai l'impression que moi-même, je le sais encore moins que les autres. Alors j'espère, avec difficulté souvent, mais ténacité.
Je vous souhaite une bonne année 2009. Avec du meilleur, dans toutes choses.


© Delphinium Janvier 2009